Aider l'économie des femmes à se développer en Mongolie

Entre steppes et grandes villes, la Mongolie est un pays aux multiples visages. Cependant, à la ville comme à la campagne, les femmes mongoles sont confrontées à de nombreuses discriminations, notamment sur le marché du travail. Pourtant témoins des changements climatiques qui affectent la Mongolie ces dernières années, les femmes ont un rôle majeur à jouer pour développer une économie durable et en accord avec les défis environnementaux de leur pays. Vision du Monde s’engage à leurs côtés. 

La place des femmes mongoles dans un contexte économique et social instable

La Mongolie est un pays en pleine transition. Localisé entre deux puissances économiques, la Chine et la Russie, ses habitants doivent s’adapter au développement d’une économie de marché occidentale qui prend de plus en plus de place. Le pays s’efforce alors de trouver un équilibre entre nouvelles conditions de vie et de travail et bouleversements climatiques. 

Le « dzud », phénomène climatique caractérisé par une vague de froid extrême en hiver faisant suite à un été caniculaire, tue des milliers de bêtes chaque année et détruit des élevages entiers. Face à ce phénomène de plus en plus fréquent, les éleveurs cherchent de nouveaux moyens de protéger les ressources et sécuriser les revenus qui en dépendent. Beaucoup de ruraux quittent finalement le mode de vie nomade pour rejoindre la ville dans l’espoir d’une vie meilleure.

Dans cette société très patriarcale, seul 9 % des foyers sont dirigés par des femmes (mères célibataires ou cheffe d’exploitation), dont plus de 60 % vivent sous le seuil de pauvreté. Beaucoup de femmes n’ont pas les moyens d’accéder à la propriété, de réaliser un prêt bancaire ou même d'acheter des produits de première nécessité.

Une situation encore plus fréquente dans le monde rural où le taux de pauvreté général atteint presque les 35 % quand le taux de pauvreté en ville est de 27 %. Dans les steppes, l’emploi salarié n’est pas une norme, pour les hommes comme pour les femmes. Les Mongols vivent de l’élevage et de l’agriculture mais les « dzud » à répétition privent de nombreuses familles de leurs moyens de subsistance. 

La situation des femmes est d’autant plus compliquée qu’au sein des communautés rurales, elles ne sont pas ou très peu rémunérées pour les tâches domestiques et le travail agricole qu’elles réalisent au quotidien. En ville, ces dernières peinent à trouver un emploi. Une absence de reconnaissance également présente en politique. Très impliquées dans la gestion du foyer et l’éducation des enfants, elles le sont pourtant moins quand il s’agit de prendre des décisions collectives au sein du cercle familial ou des communautés. 

Ces inégalités sociales, économiques et politiques sont renforcées par la discrimination et les violences genrées qu’elles subissent. La violence à l'égard des femmes est une problématique majeure en Mongolie. Selon les derniers chiffres, 58% des femmes ont déjà subi des violences sexuelles, physiques, émotionnelles, économiques et/ou des abus de pouvoir de la part d'un partenaire au cours de leur vie.
 

Les freins à l’emploi des femmes au cœur des villes

La loi mongole sur la promotion de l’égalité des sexes prévoit la non-discrimination et l’égalité des droits des hommes et des femmes sur le marché du travail. Pourtant, la discrimination des femmes reste très forte sur le marché de l'emploi. 

Le travail non rémunéré, le manque de structures de garde d’enfants et l’absence de droits sociaux pour les parents sont autant de causes qui empêchent les femmes mongoles d’accéder à l’emploi. 

En effet, le pays manque cruellement de structures pour garder les enfants durant les heures de travail. Ces établissements sont très limités, et souvent peu abordables pour les foyers modestes. Les femmes restent alors à la maison jusqu’à ce que leurs enfants puissent aller à l’école. Cette période sans emploi est en plus bien souvent un frein pour la réintégration de ces femmes sur le marché du travail.

Pour les femmes ayant déjà un emploi, l’absence de congé de maternité payé et la discrimination des employeurs à l’égard de celles qui tombent enceintes obligent de nombreuses femmes à choisir entre une carrière et la parentalité. Les pères, eux, ne peuvent pas non plus bénéficier de congé de paternité pour soulager la mère à la naissance des enfants. Cette absence de législation et de droits sociaux a un impact direct sur la participation des femmes dans la vie active. 

Le monde rural et le travail des femmes

En Mongolie, le taux de pauvreté est plus élevé dans les zones rurales que dans les zones urbaines. La majorité des éleveurs vit sous le seuil de pauvreté avec peu de sources de revenus et exclus des régimes d'assurance sociale. Dans ces foyers, il existe une forte division du travail entre hommes et femmes. Les femmes s’occupent de toutes les tâches ménagères et du travail saisonnier lié à l'élevage, comme la transformation du lait et de la laine, un travail non rémunéré très fréquent dans les steppes. 

En raison de l'exode rural, les éleveurs sont confrontés au manque de main-d'œuvre pour s’occuper du bétail mais doivent aussi gérer la pénurie de bétail lié aux aléas climatiques. Des situations d’autant plus graves pour les éleveuses. Alors que les hommes sont bien souvent responsables d’importantes exploitations équipées d’outils techniques, les femmes quant à elles travaillent manuellement dans de petites exploitations. Les femmes à la tête d’un élevage doivent donc faire face à un lourd travail physique, épuisant, et très peu reconnu socialement. 
 

Que faire pour favoriser l’insertion professionnelle des femmes en Mongolie ?

entrepreneuriat des femmes

Le projet Zavkhan en Mongolie cofinancé par l'Union Européenne a pour objectif de favoriser l'intégration  des femmes dans la vie économique de la région. En partenariat avec la Mongolian Women Association, l'Association des femmes mongoles, travaille dans la province de Zavkhan, une région rurale située au nord-ouest du pays. L’ONG s’emploie à défendre les droits des femmes en encourageant l’égalité des sexes dans tous les milieux, professionnels et privés. 

Créer l'équité des femmes dans l'environnement familial et social passe notamment par la nécessité de faire entendre la voix des filles et des femmes dans la société. Il est également primordial d’encourager la participation des femmes pour faire face aux défis environnementaux. En participant activement à l’économie locale et en acquérant leur propre autonomie financière, elles peuvent faire émerger des solutions environnementales et durables. 
 

En travaillant avec les acteurs locaux, l’ONG défend l’égalité hommes-femmes via des conférences et discussions sur les droits des femmes, en soutenant l’entrepreneuriat féminin, et en favorisant leur ascension sociale, professionnelle et au sein des instances politiques. L’association humanitaire met notamment en place des formations professionnelles et aide les femmes productrices à obtenir des micro-crédits.

Au total :

  • Plus de 2 100 femmes ont bénéficié d’une formation professionnelle et de conseils aux entreprises au cours des trois dernières années.
  • 28 femmes entrepreneuses ont pu travailler avec des institutions de microfinance.
  • Plus de 1 100 femmes ont été formées à la broderie traditionnelle mongole et ont pu vendre leurs créations lors des foires commerciales.
  • 5 femmes membres de la Mongolian Women Association ont été élues représentantes locales lors des élections locales en 2020.
  • Des femmes productrices de produits en laine se sont réunis au sein d’une coopérative. Celles-ci ont par la suite partagé leurs connaissances et leurs expériences aux populations locales gérant des entreprises de transformation de la laine et de fabrication de produits en laine.

Durant la pandémie, la campagne « Protégeons les personnes aimantes » a été lancée par la Mongolian Women Association. Les femmes de la région ont alors cousu des masques en coton pour protéger les populations de la pandémie. Au total, plus de 14 000 masques en coton ont été distribués et remis au personnel du gouvernement, aux services de santé et aux membres de la communauté.

Faire respecter les droits des femmes inclut de leur donner le pouvoir et les moyens d’agir pour devenir autonomes et prendre une place au cœur des décisions communautaires et provinciales. C’est en accompagnant les femmes dans le développement de l’économie locale que ces dernières pourront participer à la construction d’une société nouvelle pour faire face aux changements climatiques dans le respect de leurs droits et de l’égalité des sexes.