Les Hena Girls défendent les droits des filles en Inde

Mariages précoces, travail des enfants et maltraitances domestiques, chaque jour, de nombreuses jeunes filles en Inde sont victimes de violations des droits des enfants. Avec la pandémie de COVID-19, ces menaces ont d’autant plus augmenté que de nombreuses familles vulnérables ont été poussées dans une situation d’extrême pauvreté. Certains parents sont alors contraints d’envisager des mesures désespérées comme le mariage de leur enfant.

Un groupe de jeunes filles a toutefois décidé de se battre en créant un mouvement pour arrêter le mariage des enfants en Inde : le Hena Girls Power.

Le mariage des enfants en hausse en Inde

Partout dans le monde, de nombreuses filles sont menacées de mariage d'enfants en raison des effets économiques et sociaux de la pandémie. Dans son dernier rapport, le Partenariat international World Vision estime qu’au moins quatre millions de filles supplémentaires risquent d’être mariées au cours des deux prochaines années.

En Inde, cette tendance est largement observée. Alors que les familles n’avaient peut-être pas envisagé de marier leurs filles si jeunes, les conséquences économiques de la pandémie ont précipité l’organisation de mariages ; le mariage d’une fille supposant une bouche en moins à nourrir pour la famille.

Les restrictions de rassemblements liées à la pandémie n’ont aucunement freiné l’organisation de ces mariages. Au contraire, l’interdiction de grands rassemblements a soulagé de nombreux parents dans l’impossibilité financière d’organiser un grand mariage traditionnel. Alors que la dot, dont le tarif augmente avec l’âge de la mariée, est une pratique encore courante dans de nombreuses zones rurales d’Inde, les familles les plus pauvres ont vu dans ce contexte, un moyen de limiter les frais d’organisation de la noce.

Marier sa fille au plus tôt et en petit comité représente alors une alternative non négligeable pour les familles les plus démunies.

Comment est né le groupe des Hena Girls Power ?

Face aux mariages précoces et autres violations des droits des enfants, Mousumi, jeune indienne de dix-huit ans, a décidé d’agir. Avec d'autres jeunes filles, elle a créé le groupe « Hena Girls Power » en juillet 2019 pour reprendre en main l'avenir des filles du Bengale occidental et mettre fin à la maltraitance et au mariage des enfants au sein de son village.

Le groupe Hena Girl Power compte désormais 45 membres. Les jeunes filles agissent au quotidien pour protéger les enfants de leur village contre le mariage précoce, l’exploitation, le travail des enfants et, avant l’arrivée de la COVID-19, contre le décrochage scolaire.

Face au succès du groupe, le modèle est rapidement adopté à travers l'Inde. Rien que dans le Bengale occidental, particulièrement sujet aux cas de violences envers les filles, le mouvement pour protéger les filles prend de l'ampleur avec la formation de près de 300 groupes de filles en deux ans.

L’information et la sensibilisation pour lutter contre les mariages d’enfants

Le point fort du groupe des Hena Girls Power est de prêter une oreille attentive à tout ce qui se passe au sein du village afin de détecter de potentiels cas de violation des droits des enfants. Leurs camarades se confient à elles ou avertissent le groupe lorsqu’elles entendent parler de violences domestiques ou de mariages précoces. Les jeunes filles travaillent ensuite en collaboration avec les autorités locales afin de régler la situation.

« Notre première source d'information est le groupe Hena Girl Power », explique Debu Patra, spécialiste technique de World Vision dans la région du Bengale occidental. « Elles sont capables d'identifier les cas potentiels de maltraitance d'enfants et de mariage précoces, et remarquent très vite les situations à risque dans le village. »

Les Hena Girls sensibilisent également les parents aux droits des enfants et aux effets dévastateurs du mariage précoce sur l’avenir et la vie des filles. Le groupe se réunit régulièrement et empêche ainsi l’organisation de nombreux mariages d’enfants au sein de leur village, et parfois même dans d'autres régions du pays.

L’impact des Hena Girls et du parrainage contre les mariages précoces

Depuis le début de la pandémie, Mousumi et son équipe ont aidé à mettre fin à huit mariages précoces.

« J'ai reçu un appel d'une fille de 13 ans, qui était en larmes parce qu'elle avait été emmenée dans un autre village [pour se marier]. Ses parents savaient qu'il serait difficile d'organiser un mariage dans notre village parce que les gens nous le signalaient. » raconte Mousumi.

Sous le faux prétexte d’une visite familiale, la jeune fille était partie avec ses parents et a été terrifiée lorsqu'elle a entendu sa mère discuter de projets de mariage. C'est à ce moment-là qu'elle a appelé Mousumi, qui a immédiatement informé Vision du Monde et a appelé la ligne d'assistance aux enfants.

Ensemble, ils ont travaillé avec la police et les membres du comité local de protection de l'enfance mis en place par Vision du Monde pour arrêter le mariage. « Quand quelque chose arrive, elles nous appellent d'abord et nous le font savoir », explique Debu Patra. « Nous les guidons ensuite sur ce qu'elles doivent faire. »

L’intervention de Mousumi et du groupe des Hena Girls a été décisif pour l’avenir de cette jeune fille, et pour beaucoup d’autres jeunes filles victimes de mariages précoces. Il est arrivé que l'équipe locale de Vision du Monde arrive sur place quelques minutes seulement avant que le mariage ne soit officialisé.

Pour Mousumi, son travail avec les Hena Girls n'est qu'un début.

Bien que la COVID-19 l'ait empêchée d'aller à l'école cette année, l'expérience de ces derniers mois n'a fait qu'alimenter son rêve de devenir avocate. « Je veux être militante et aider les personnes en difficulté », dit-elle. « Mon rêve pour mon village est que le mariage des enfants, le travail des enfants et le trafic s'arrêtent. »

À l'heure actuelle, des milliers de filles ont un besoin urgent de parrains et marraines pour pouvoir faire bouger les lignes et envisager l’avenir loin des mariages précoces et autres violations des droits des enfants.

Parrainer une fille est l'une des actions les plus significatives pour protéger leurs droits.

Rejoignez le mouvement ! Parrainez 100 filles avant le 11 octobre, journée internationale des droits des filles.

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