Qu'est-ce qu'être un enfant dans un camp de réfugiés ?

Les grandes crises migratoires n’ont jamais été aussi importantes : plus de 70 millions de personnes sont déracinées à travers le monde, dont plus de 25 millions sont des réfugiés et 3,5 millions des demandeurs d’asile. Ces personnes déplacées fuient des catastrophes naturelles, des épurations ethniques ou des conflits. 

Des familles entières s’entassent alors dans des camps de réfugiés en attendant de retrouver une situation stable. La Journée internationale des réfugiés du 20 juin est l’occasion de rappeler que les conditions de vie des réfugiés dans le monde vont à l’encontre des droits humains et des droits de l’enfant. 

Retrouvez l'interview de Raphaële Vauconsant sur

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Les camps de réfugiés dans le monde

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), on compte 25,9 millions de réfugiés dans le monde et plus de 41 millions de déplacés internes ; des personnes ayant dû quitter leur foyer sans pour autant quitter leur pays. Les réfugiés, eux en revanche, ont dû traverser les frontières pour se mettre à l’abri d’une menace (catastrophe naturelle, conflit, etc). 

D’après le droit international, un réfugié est une personne ayant fui son pays d’origine de peur d’être persécuté « du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe ou de ses opinions politiques ». La plupart d’entre eux reçoivent le statut de réfugié par le pays d’accueil et vivent dans des camps. 

Mis en place par des ONG ou des gouvernements, les camps de réfugiés sont destinés à accueillir les réfugiés de façon temporaire dans l’attente d’une solution pérenne (droit d’asile, centre d’hébergement, ect.). Certains sont pourtant contraints d’attendre des mois, voire des années, avant de voir la situation s’améliorer. 

Ces dernières années, le nombre de réfugiés n’a cessé d’augmenter. Plus de 6,7 millions de personnes ont fui la Syrie depuis 2011. Au Venezuela, ce sont plus de 4 millions de personnes qui ont fui la crise politique, économique et sociale. En Afghanistan et au Sud Soudan, ce sont respectivement plus de 2 millions de personnes qui ont fui les guerres civiles.

Bien que certains tentent de rejoindre l’Europe, un tiers des réfugiés, soit plus de 6 millions de personnes, sont aujourd’hui accueillis par des pays pauvres comme l’Ouganda ou le Bangladesh :

  • Le camp de Bidibidi en Ouganda, refuge des Sud-Soudanais, reçoit près de 285 000 réfugiés, 86% sont des femmes et des enfants. 
  • Au Bangladesh, le camp de Cox’s bazar est le plus important au monde et accueille 855 000 réfugiés rohingyas. Environ 60 % des réfugiés sont des enfants. 
  • Le camp de Zaatari en Jordanie héberge 80 000 réfugiés syriens.
  • La Colombie accueille plus d’un million de réfugiés vénézuéliens.


Les conditions sanitaires et de sécurité sont déplorables dans la majorité des camps de réfugiés. Les personnes ayant fui l’horreur et mis leur vie en danger pour traverser la frontière, se retrouvent agglutinées dans des abris de fortune, sont en malnutrition, n’ont pas accès à l’eau potable et continuent à vivre l’insécurité. 

De plus, depuis 2020, la pandémie de coronavirus COVID-19 vient s’ajouter aux risques des épidémies de rougeole, tuberculose, et polio qui sévissent dans la plupart des camps, là où l’accès aux systèmes de santé est quasi inexistant. 

Infographie : les réfugiés dans le monde
Infographie
Infographie : conséquence du COVID-19 sur les jeunes filles réfugiées
Enfant réfugiés syriens victimes

Comment vivent les enfants dans les camps de réfugiés ?

Sur 25,9 millions de réfugiés dans le monde, la moitié sont des enfants. Bien que des activités récréatives et éducatives soient mises en place dans certains camps de réfugiés, les conditions de vie pour les jeunes restent difficiles. Souvent traumatisés par la guerre, par la disparition de leur famille, ou en détresse psychologique à la suite d’abus ou de violences sexuelles, ils doivent en plus s’adapter à des conditions de vie indécentes. 

Les enfants s’entassent dans des tentes souvent trop petites, et doivent dormir à même le sol avec des adultes qu’ils ne connaissent parfois même pas. Le quotidien s’organise essentiellement autour des files d’attente que les enfants doivent faire durant des heures pour accéder aux toilettes, obtenir de la nourriture, ou voir un médecin. Sans aires de jeux, ni écoles, beaucoup d’entre eux perdent espoir et entrent en dépression.

Isolés et très peu intégrés aux activités économiques du pays d’accueil, les réfugiés n’ont pas accès aux institutions, aux systèmes scolaires, et sont de fait, exposés à des situations d’extrême pauvreté. Les enfants sont alors victimes de nombreuses violences : travail des enfants, mariages précoces... 

Le manque de sécurité et d’éducation sur le camp rend les jeunes filles d’autant plus vulnérables aux violences sexuelles, aux risques de prostitution ou de mariages précoces et entraîne certains jeunes à consommer de la drogue, plongent les enfants dans une insécurité permanente.

Mais les violences peuvent aussi se trouver au sein du cercle familial. Les récentes mesures d’hygiène et de distanciation sociale mises en place pour éviter la propagation du coronavirus n’ont fait qu’aggraver une situation déjà instable. Ces mesures sont difficilement gérables dans des camps où les réfugiés vivent les uns sur les autres. Certains enfants subissent des violences de la part de leurs proches, sans pouvoir trouver d’échappatoire. 

Une étude nationale soutenue par les équipes locales de Vision du Monde et des structures partenaires au Bangladesh a révélé que les coups portés par les parents ou tuteurs sur les enfants avaient augmenté de 42% pendant la période de confinement. 

À l’échelle mondiale, on estime que 85 millions de filles et de garçons de plus dans le monde pourraient être exposés à des violences physiques, sexuelles et/ou émotionnelles au cours des trois prochains mois en raison de la quarantaine du covid-19. Une situation déjà observée dans les camps de réfugiés ou les tensions dues à la peur du coronavirus augmentent. 

Les conditions les plus dures sont pour les enfants non accompagnés par un adulte. Ces enfants peuvent avoir fui leur pays tout seul ou bien avoir perdu un proche en traversant la frontière. Livrés à eux-mêmes et exposés à toutes les violences, ces derniers doivent vivre sur le camp sans protection ni réconfort. 

Vision du Monde agit pour la protection des enfants au sein des camps de réfugiés

Les enfants sont souvent les premières victimes des violences dans les camps de réfugiés. Il est important de les accompagner et de les aider à faire respecter leurs droits tels qu’inscrits dans la Déclaration des Droits de l’enfant. Dans cet objectif, Vision du Monde entend jouer un rôle dans la protection de l’enfance en mettant en place différentes actions auprès des enfants réfugiés :

  • Des Espaces Amis des Enfants afin d’apprendre, jouer et s’exprimer en toute sécurité. Les enfants retrouvent une certaine insouciance et les équipes locales de Vision du Monde peuvent identifier les enfants qui nécessitent un accompagnement spécialisé
  • Des ateliers de construction de la paix pour éviter que les conflits ethniques par exemple ne se déplacent d’une génération à l’autre et ne traversent les frontières
  • Un travail de sensibilisation contre les mariages précoces
  • Des programmes d’éducation et de formation aux compétences professionnelles
     

 

En plus d’apporter une aide aux réfugiés en ce qui concerne l’accès à l’eau potable, aux soins de santé, et à une bonne nutrition, l’ONG a notamment pu agir auprès des enfants des camps de Cox’s Bazar en développant :

  • 21 centres d’éducation pour les adolescents ;
  • Des activités de sensibilisation contre les violences faites aux enfants, comme les mariages précoces ;
  • Des centres de protection et de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et aux filles pour 60 000 réfugiés et 5 000 familles.
     

 

Jeune fille rohingyas en sécurité grâce à Vision du Monde

Dans le camp de Bidibidi en Ouganda, les équipes locales de Vision du Monde ont lancé le projet « Bidibidi Stoppe les Violences faites aux Enfants ». Celui-ci a pour objectif d’accompagner les femmes victimes de violences, les jeunes mères et les enfants non accompagnés dans la réalisation d’un projet de formation. Les enfants retrouvent ainsi un objectif et une activité épanouissante. Au total, 5 300 jeunes ont pu bénéficier de ce soutien.

Les dons permettent aux équipes de Vision du Monde, via le partenariat World Vision, de continuer à améliorer les conditions de vie des camps de réfugiés et protéger les enfants contre toutes formes de violences.

Vous aussi, participez à leur protection !