Protégeons les enfants face aux gangs du Salvador

Véritable fléau du Salvador, mais aussi du Honduras et du Guatemala, les maras sont des gangs armés faisant la loi dans les quartiers défavorisés du pays. Leurs activités criminelles font du Salvador le pays le plus violent d’Amérique centrale, un titre souvent partagé avec le Honduras. Et pour cause, on compte en moyenne dix homicides par jour. Identifiés par des tatouages partout sur le corps, ces gangs sont notamment impliqués dans de nombreux trafics illicites comme le trafic de drogue, les armes à feu ou encore le proxénétisme, et n’hésitent pas à embrigader les plus jeunes pour renforcer leurs rangs. À la fois structurées et influentes, il est très difficile de lutter contre ces organisations mafieuses qui détruisent l’avenir de toute une population. 

Maras du Salvador : d’où viennent ces gangs armés ?

Bien qu’il soit compliqué de connaître le nombre exact de membres de gangs au Salvador, on compterait environ 45 000 maras, réparties dans les différents quartiers des villes salvadoriennes.  

À l’origine ? Une guerre civile datant des années 80 qui déstabilisa l’ensemble du pays d’Amérique centrale. Frappés par des conflits incessants, les habitants émigrent alors aux États-Unis dans l’espoir de retrouver une stabilité économique. Mais ces derniers connaissent vite la désillusion. Marginalisés et sans emplois, ils forment alors des maras pour survivre contre les attaques des gangsters de Los Angeles et commettent toutes sortes de crimes avant d’atterrir, pour la plupart, dans les prisons américaines. Ce n’est qu’une fois la guerre civile salvadorienne terminée, que les États-Unis décident d’expulser ces milliers de criminels, dans leur pays d’origine. 

Séduits par ces hors-la-loi tatoués et venus des États-Unis, les enfants du Salvador commencent à s’identifier à leurs aînés et se font vite enrôler. L’attrait de l’argent facile et l’envie d’appartenir à un groupe facilitent cet engrenage. Convaincre les jeunes devient une chose aisée dans un contexte social compliqué. Enfants et adolescents s’impliquent ainsi dans des délits et crimes violents en tout genre en guise de rite de passage. Rackets, cambriolages et meurtres sont des passages obligés pour faire partie des maras. Entre rivalités et pouvoir, protéger son clan d’un gang rival devient une obligation même s’il faut passer par un homicide. La peur des représailles des autres membres du groupe empêche les jeunes délinquants de tirer un trait sur cette criminalité et se construire un avenir stable. Leur quotidien ? Trafic de stupéfiants, extorsion d’argent, crime organisé, prostitution et guerre des gangs de rue. 

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Maras du Salvador : une influence destructrice

Dans cet héritage de conflits, la culture de la violence est désormais le quotidien des Salvadoriens. Les différentes tentatives politiques de calmer la situation échouent puisque les gangs semblent répondre davantage aux attentes des habitants en situation d’exclusion. Très influents dans les milieux les plus pauvres, ils représentent l’autorité et l’avenir économique, mais fragilisent le développement des communautés en embrigadant les plus vulnérables à savoir les plus jeunes.

À la fois social et économique, ce phénomène des gangs touche majoritairement les enfants et adolescents des quartiers pauvres. Manque d’accès aux services publics, manque d’instruction, problèmes familiaux, pauvreté sont autant de causes qui aggravent la situation. Les jeunes ne trouvent pas d’emploi et traînent dans les rues. Recrutés jusque dans les écoles, les jeunes Salvadoriens se tournent donc vers ces gangs qui paraissent être la seule solution à leur situation.
 

Le profil des membres de maras est semblable dans l’ensemble du Salvador :

•    Les enfants entrent dans ces gangs entre 9 et 12 ans.
•    L’âge moyen pour un marero est de 19 ans.
•    De plus en plus de jeunes filles sont enrôlées. 
•    96 % des membres savent lire et écrire et certains continuent même d’étudier.

Cependant, et malgré un niveau d’étude parfois plus élevé que la moyenne, la plupart des jeunes mareros sont de jeunes adultes qui ne trouvent pas d’emplois. Quand près d’un tiers de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté, devenir membre d’un gang permet de trouver une identité, des repères, et gagner de l’argent facilement. 

Vision du Monde s’engage pour la protection des enfants du Salvador

Sortir de ces gangs est difficile, voire impossible. La meilleure solution ? Aider les enfants et adolescents avant qu’ils ne rejoignent l’un de ces gangs. Vision du Monde ouvre en février 2020 un nouveau programme de développement situé dans le département de La Union, au sud du Salvador, à environ 200 kilomètres de la capitale San Salvador.  Dans cette zone le taux d’analphabétisme y est de 23% contre environ 11% au niveau national. Ainsi l’enrôlement dans les gangs s’explique en partie par le manque d’opportunités, de formations et d’emplois stables. Pour venir en aide à cette population, l’ONG Vision du Monde va renforcer l’éducation, accroître le nombre de formations professionnelles, travailler avec les communautés sur le vivre ensemble et les former à la protection de l’enfance. Ce nouveau programme de parrainage d’enfants mis en place par l’association permettra dès la première année de venir en aide à 200 adultes et 2 000 enfants pour leur offrir un avenir meilleur et mettre fin aux violences dont ils sont victimes. 


Vision du Monde, travaille main dans la main avec les leaders religieux qui exercent une réelle influence sur les communautés locales et notamment les gangs de maras. Grâce à l’approche « Les Canaux de l’Espoir », le partenariat World Vision a pu former 5 000 leaders religieux aux droits de l’enfant pour qu’ils puissent à leur tour sensibiliser les communautés et ainsi aider 70 000 enfants. Vision du Monde souhaite alors dupliquer cette approche dans le département de La Union pour travailler durablement en faveur de la protection de tous les enfants et mettre fin aux violences.   


Le droit d’être protégé contre les conflits armés est un droit fondamental inscrit dans la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) de 1989. Vision du Monde déploie tous les moyens pour que ce droit soit respecté et travaille sur les causes profondes de ces conflits en sortant les populations de la pauvreté et en réduisant le taux de décrochage scolaire. 
 

Sources :
Amérique centrale : Maras, répression ou prévention ? d’Alternatives Économiques
Derrière la violence des gangs du Salvador du Monde Diplomatique