Les enfants face à la violence des bidonvilles

Avec plus d’un milliard d’habitants dans le monde, les bidonvilles sont la conséquence directe de l’urbanisation massive observée à travers le monde. Le nombre d’habitants des bidonvilles devrait même doubler d’ici 2050. De plus en plus de familles quittent les zones rurales dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Mais entre risques d’expulsions, violences, absence d’installations sanitaires et pauvreté, les enfants sont les premières victimes des conditions de vie difficiles de ces quartiers.

À quelles violences sont confrontés les enfants des bidonvilles ?

Kibera au Kenya, Dharavi en Inde, favelas du Brésil, les bidonvilles sont une réalité pour de nombreux habitants à travers le monde. Ces campements illégaux, faits de cabanes en taule et autres matériaux de récupération entourent les grands centres urbains, faute de place ou de moyens pour s’installer en centre-ville. Dans ces quartiers, se concentrent alors les habitants les plus pauvres de l’agglomération. 

Le travail et l’exploitation des enfants

Parmi ces habitants, de nombreux enfants doivent subir l’absence des services de base comme l’assainissement ou l’eau potable. Sans ressources financières, ces jeunes doivent également travailler pour aider leur famille à subvenir à leurs besoins. Un emploi souvent pénible et très peu rémunéré qui les éloigne des bancs de l’école.

Les filles comme les garçons ne peuvent apprendre à lire ou se former à un métier qu’ils souhaitent exercer à l’âge adulte. L’éducation et la formation professionnelle sont pourtant de véritables tremplins pour sortir de la pauvreté. De nombreux enfants perdent ainsi tout espoir de sortir de ces quartiers périurbains. 

De plus, les bidonvilles sont des lieux dangereux. En traînant dans les rues, les garçons et les filles peuvent être victimes des réseaux d’exploitation sexuelle, d’esclavagisme ou de narcotrafiquants gérés par des gangs. 

La violence au sein des foyers des bidonvilles

La violence n’est pas toujours une menace extérieure. Chaque jour, de nombreux enfants subissent la violence physique et psychique de leurs proches au sein du foyer familial. Au sein des bidonvilles, il n’est pas rare de voir plus d’une dizaine de membres d’une même famille dans une unique habitation.

La promiscuité qu’impose ces habitats de fortune peut favoriser les cas de maltraitance. Châtiments corporels, insultes récurrentes, menaces, les violences domestiques ont de graves conséquences sur le développement des enfants et vont à l’encontre de leur bien-être.

La pandémie n’a fait qu’aggraver les cas de maltraitance et de négligence envers les enfants. Enfermés avec leurs bourreaux durant les périodes de confinement, les enfants subissent les violences au sein du cercle familial sans pouvoir fuir ni alerter.

Mariages forcés et violences sexuelles

Les jeunes filles souffrent particulièrement des violences genrées au sein des bidonvilles. Dans ce milieu précaire et fragile, de nombreuses adolescentes sont mariées de force par leur famille qui voit dans le mariage, une sortie de secours financière. Une fois mariées, les jeunes filles sont entretenues par leur mari et sont une charge en moins pour les familles. 

Mais les violences liées au genre ne s’arrêtent pas là. L’insécurité des rues oblige les jeunes filles à redoubler d’attention face aux abus sexuels. Les bidonvilles sont le territoire idéal des proxénètes et autres réseaux d’exploitation sexuelle.

Traînant dans la rue, sans protection et plongés dans l’extrême pauvreté, les jeunes filles et garçons sont d’autant plus vulnérables face à ce genre de réseaux. De manière forcée ou par leur propre volonté, dans le but de gagner un peu d’argent, beaucoup d’enfants ne voient pas d’autres issus et intègrent ces réseaux de prostitution.

Comment protéger les enfants dans les bidonvilles ?

Protéger les enfants, quel que soit le contexte, est une condition indispensable pour les aider à se développer et construire un avenir durable. Pourtant, au sein des bidonvilles de nombreuses situations vont à l’encontre des droits de l’enfant : absence de certificats de naissance, menace d’expulsions constante, conditions de vie précaires, travail des enfants, etc. 

Le projet de lutte contre le travail des enfants, mis en place par Vision du Monde, soutient les enfants de 5 à 17 ans des quartiers les plus précaires. Les enfants bénéficient d’une éducation, apprennent à lire et reçoivent des conseils ainsi qu’une formation professionnelle pour les plus âgés. Un soutien qui leur permet de s’intégrer professionnellement et de retrouver une vie meilleure. 

Dira protège sa petite soeur du travail et l'aide à faire ses devoirs

Dira, originaire de Battambang, au Cambodge, a longtemps revendu les déchets qu’elle ramassait afin de pouvoir manger lorsqu’elle était enfant.

Quelques années plus tard, et grâce au projet de lutte contre le travail des enfants de Vision du Monde, Dira a pu bénéficier d’une formation aux compétences professionnelles et dirige désormais un salon de coiffure dans son village avec Veasna, une de ses meilleures amies. Très impliquée dans l’éducation de sa petite sœur, Dira lui interdit d’aller collecter les ordures à son tour : "Je veux que Phinat, ma sœur cadette, soit comptable." 

Ce témoignage montre l'effet positif du parrainage en Asie et l'importance de l'éducation pour sortir les jeunes filles de la pauvreté.

Vision du Monde, association contre le travail des enfants, a également mis en place un réseau de protection de l'enfance dans les zones urbaines dans lesquelles l’association intervient. Elle implique les populations dans la lutte contre le travail infantile pour briser le cercle vicieux de la pauvreté. L’ONG met notamment en place des clubs pour enfants et adolescents afin de les informer sur leurs droits, et de leur offrir un espace d’échange pour alerter sur les violences auxquelles ils sont confrontés. 

La formation et l’éducation des jeunes est une démarche primordiale pour aider les enfants à sortir du travail infantile et lutter contre toutes autres violences dont ils peuvent être victimes au sein des bidonvilles.

Il est aujourd’hui nécessaire de leur donner les moyens d’agir pour leur propre protection, vous aussi, agissez pour cela.