Les droits de l’enfant en péril face à la pandémie

Le 20 novembre marque la journée internationale des droits de l’enfant et l’anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). L’année dernière nous célébrions le 30ème anniversaire de la signature de la CIDE et regardions avec fierté le chemin parcouru jusqu’à présent, les nombreux progrès réalisés, et les ONG de protection de l’enfance appelaient d’une même voix à améliorer l’effectivité des droits de l’enfant partout dans le monde.

Cette année, la journée internationale des droits de l’enfant se déroule dans un tout autre contexte. La COVID-19 plonge le monde dans une crise sanitaire sans précédent et bien que la santé des enfants semble être moins directement affectée par ce virus que celle des adultes et des personnes âgées, la crise économique et sociale qui en découle n’en affecte pas moins profondément les enfants et leur famille. La pandémie a rebattu les cartes : elle exacerbe la vulnérabilité des enfants et met en péril le respect de leurs droits. 

Droits de l’enfant, quels dangers face à la pandémie ?

La situation actuelle risque d’affecter durablement la réalisation des droits de l’enfant inscrits dans la CIDE. La pandémie intensifie les risques de malnutrition, de violences et de décrochages scolaires en raison de la fermeture temporaire des écoles, et risque de remettre en cause la survie et le développement de l’enfant.

De plus, face à une telle crise, les mesures d’urgence s’accumulent bafouant le principe de participation. Les acteurs institutionnels ne prennent en effet pas forcément le temps d’écouter et de prendre en compte les opinions et les besoins des populations, et en particulier des enfants, dans la définition de la réponse.

Les inégalités se creusent et risquent de renforcer les discriminations déjà existantes pour les enfants les plus marginalisés. Il est donc important de prêter une attention forte au principe de non-discrimination en identifiant et en intervenant en priorité auprès des enfants les plus vulnérables, et notamment les filles, plus affectées que les garçons.

Même face à l’urgence d’agir pour contrôler l’épidémie de coronavirus, il est indispensable de prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant définit par la CIDE. Il ne peut être oublié, voire négligé, dans la réponse alors que les plus jeunes demeurent les plus touchés par les conséquences de la crise. 
 

Les enfants face à la pauvreté grandissante

Depuis la mise en place des mesures de confinement et de restriction, de nombreuses familles souffrent d’importantes privations économiques causées par une réduction des revenus et des emplois et l’absence de filet de sécurité national. Se profile également une crise sociale dans la mesure où la situation de la COVID-19 entraîne, dans de nombreux pays, une restriction de mouvement et d’utilisation des transports publics, la fermeture des écoles, et un accès limité aux services sociaux et de soutien. Ainsi les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus entraînent la première hausse de la pauvreté dans le monde depuis des décennies avec plus de 71 millions de personnes qui ont basculé dans l’extrême pauvreté en 2020.

L’épidémie et ses impacts socio-économiques affectent particulièrement la protection, le développement, l’éducation et le bien-être des enfants, à la fois à court, moyen et long terme.

Les enfants davantage exposés à la violence

Une telle situation de crise peut avoir un impact psychologique fort sur les enfants, notamment une augmentation de leurs niveaux d’anxiété, de peur et d’inquiétude. Cela est d’autant plus accentué par les limitations d’accès aux services de soutien psychosocial et de santé mentale en raison de l’épidémie.

Par ailleurs, l’extrême pauvreté dans laquelle se retrouvent plongées de nombreuses familles les empêche de subvenir aux besoins du foyer (loyer, soins de santé, produits de base…), et notamment des enfants. La fermeture des écoles, prive certains enfants de leur seul accès à un repas complet par jour.

Le stress induit, qui s’ajoute aux restrictions de mouvement, à la surpopulation ou à l’isolement, augmente le risque de violences physiques, psychologiques et sexuelles faites aux enfants, notamment les violences liées au genre. Enfin, la crise sanitaire, économique et sociale due à la COVID-19 exacerbe les inégalités et les vulnérabilités existantes et impacte particulièrement les enfants dans les contextes fragiles au premier rang desquels se trouvent les enfants réfugiés, migrants ou déplacés, privés de liberté, porteurs d’un handicap, ne bénéficiant pas de soins parentaux, vivant dans la rue et dans des bidonvilles, ou encore dans des zones touchées par un conflit.

Ainsi, la situation des 420 millions d’enfants impactés par des conflits et des 30 millions de filles et garçons déplacés est particulièrement préoccupante, leur survie dépendant d’une aide humanitaire qui s’avère impactée elle-même par la crise COVID-19.

Le droit à l’éducation bafoué partout dans le monde

Les fermetures scolaires ont empêché 90 % des élèves d’aller à l’école anéantissant des années de progrès en matière d’éducation. Cette interruption perturbe particulièrement l’apprentissage des enfants vulnérables pour lesquels l’accès aux outils d’enseignement à distance est limité, voire inexistant. Ce sont au moins 500 millions d’élèves partout dans le monde pour qui l’apprentissage à distance reste hors de portéeAlors que 258 millions d’enfants et d’adolescents étaient déjà privés d’éducation avant la pandémie, cette tendance pourrait s’accentuer car certains enfants risquent de ne pas retourner à l’école une fois l’épidémie contenue.

La fermeture des écoles ainsi que la vulnérabilité économique des familles intensifient le travail et l’exploitation des enfants qui sont déjà 152 millions à être contraints de travailler. Le trafic des personnes, les grossesses précoces ou non désirées, le mariage forcé, ou encore, l’enrôlement des enfants dans des groupes armés sont des situations préoccupantes qui risquent d’être de plus en plus nombreuses à l’avenir en raison de la fragilité des familles.

Les jeunes filles demeurent les plus durement touchées par la crise COVID-19 et sont les premières à être éloignées durablement des bancs de l’école. Les mesures de confinement et de distanciations sociales ont aggravé les inégalités existantes, forçant les filles à quitter l’école et les exposant à un risque accru de violences au sein de leurs foyers. Lorsque les filles ne sont pas scolarisées, elles ont du mal à accéder aux structures de soutien social et aux services essentiels tels que les services de santé sexuelle et reproductive. Les filles sont confrontées à une charge inégale des activités domestiques qui va s’amplifier à mesure qu’elles resteront à la maison.

Plus que jamais l’heure est à la défense des droits de l’enfant. Il est de la responsabilité de tous et toutes de ne pas faire des générations futures les grandes sacrifiées de la crise COVID-19.

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