Une mère et son enfant dans le camp de Cox's Bazar

En direct du camp de Cox's Bazar au Bangladesh

Témoignage de Raphaële, employée chez Vision du Monde
15. mars 2019

Raphaële, Responsable des Relations Extérieures chez Vision du Monde, nous livre ses impressions suite à son voyage dans le camp de Cox's Bazar au Bangladesh.

 

Qu’est-ce qui t’a le plus marquée en arrivant au camp de Cox’s Bazar au Bangladesh ?

L’arrivée dans le camp de Cox’s Bazar est très impressionnante. Des tentes et habitations de fortune à perte de vue, une ambiance grouillante, colline après colline, qui semble ne jamais avoir de bout. Le camp s’est construit à la va-vite dans une zone vallonnée, quelques points culminants permettent de voir l’étendue gigantesque de ce camp. 


Pourquoi les Rohingyas n’ont-ils pas le statut de réfugiés ?

Les Rohingyas sont apatrides puisque pour la plupart ils n’ont pas ou plus la nationalité birmane et le Bangladesh refuse de leur accorder le statut de réfugiés, ils n’ont donc par exemple pas le droit de travailler. Effectivement, même si le Bangladesh a généreusement accueilli des centaines de milliers de Rohingyas depuis août 2017, il ne leur a pas accordé le statut de réfugiés ; ces personnes se retrouvent ainsi sans statut juridique des deux côtés de la frontière. Le Bangladesh ne fait pas partie des signataires de la Convention des Nations Unies relative aux réfugiés.

Le camp de Cox's Bazar

Quels sont les principaux problèmes qui se posent pour les familles qui vivent dans ces camps ?

Les conditions de vie au sein du camp sont épouvantables. Ordures et excréments à même le sol, égouts à ciel ouvert, accès à l’éducation limité… Le quotidien des familles dans les camps est effrayant ! On voit bien que ces gens manquent d’infrastructures élémentaires, principalement de toilettes, d’accès à de l’eau potable. Les conditions sont réunies pour l'apparition d'épidémies telles que le choléra… 


Personnellement, qu’as-tu trouvé le plus difficile ?

Dans cette crise qui frappe les Rohingyas, les enfants sont en première ligne : ils représentent plus de 60% des quelques 800 000 réfugiés. Au sein du camp, les enfants sont donc partout. Où que l’on pose le regard, on croise des dizaines d'enfants - souvent très jeunes – qui essaient tant bien que mal de se divertir en petit groupe… Ils semblent si démunis et vulnérables. Leurs conditions de vie sont terribles et il est très difficile de constater en direct tout ce qu’il leur manque pour grandir dans des conditions décentes.

 

Quelles sont les conséquences de l'installation de ces camps ?

Les conséquences de cette situation qui perdure touchent l’environnement bangladais de plein fouet. Installés près de la forêt, les réfugiés ont massivement déboisé pour faire de la place et agrandir le camp. Ils ont besoin de bois pour se chauffer et pour cuisiner. Chaque jour, ce sont principalement les enfants qui parcourent de nombreux kilomètres à pied pour trouver du bois : huit cents tonnes de bois de chauffe sont nécessaires pour leur quotidien. L’équivalent de 4 terrains de football de forêt sont ainsi abattus chaque jour autour du camp !
En plus des désastres engendrés sur la forêt, ce conflit a aussi des conséquences sur l’eau. Un quart des puits du camp est asséché et les sources d’eau souterraine sont épuisées et contaminées. Il faut creuser toujours plus profondément pour trouver de l’eau. Les latrines ont été installées à l’air libre, à la hâte, trop près de certains points d’eau, et les ont polluées.


Quels sont les principaux risques pour les enfants dans ces camps ? 

Cette crise a bouleversé la vie de milliers d'enfants : ils ont souvent perdu un ou plusieurs membres de leur famille, leur maison, ne vont plus à l’école et courent de graves risques, tels que les maladies, les violences... Les orphelins sont particulièrement vulnérables et sont exposés aux multiples risques liés aux violences sexuelles, au travail infantile ou aux mariages forcés.


Pourquoi n’y a-t-il pas d’écoles publiques pour les enfants, contrairement à d’autres camps de migrants ou réfugiés ?

Le Bangladesh, qui est déjà une des nations les plus pauvres de la planète, considère ces réfugiés comme des citoyens birmans qui n'ont pas vocation à rester sur son sol, et qui ne sont que de passage, même si leur rapatriement en Birmanie est très improbable. Ainsi aucun cours de bengali, la langue nationale du Bangladesh, n’est dispensé par les centres d’éducation développés par les ONG humanitaires. Dhaka refuse en effet toute mesure qui pourrait faciliter l'intégration des Rohingyas au Bangladesh

Des femmes cuisinent dans le camp de réfugiés

Comment la situation dans ces camps est-elle susceptible d’évoluer ?

Une sortie de crise est difficilement concevable à ce stade car les conditions actuelles en Birmanie ne sont pas favorables à un retour. Les ONG humanitaires intervenant dans les camps se sont récemment opposées à un retour des Rohingyas en Birmanie, jugeant ce rapatriement prématuré et dangereux


A titre individuel, que pouvons-nous faire pour aider ces familles ? 

En 2019, Vision du Monde s’engage au sein du partenariat World Vision à venir en aide aux enfants présents dans les camps à travers le développement de :
•    21 centres d’éducation pour les adolescents ;
•    Compétences et activités rémunératrices auprès de 15 000 réfugiés et 3 000 familles
•   Programmes d’assainissement des eaux et de ramassage d’ordures pour améliorer les conditions de vie au sein des camps ;
•    Équipements permettant la cuisine au gaz et la formation de 33 300 réfugiés et 8 000 familles ;
•    Activités de sensibilisation contre les violences faites aux enfants, notamment les mariages précoces ;
•   Centres de protection et de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et aux filles pour 60 000 réfugiés et 5 000 familles.

Vous aussi, venez en aide aux Rohingyas !