10 ans de guerre en Syrie : une génération sacrifiée

Depuis 2011, plus de 12 millions de personnes ont été contraintes de fuir la guerre civile syrienne dont 40% sont des enfants. Déplacées au sein même de la Syrie ou trouvant refuge à l’étranger, de nombreux Syriens vivent dans la peur, la violence et la précarité, entre bombardements et camps de réfugiés. L’ONU estime que deux millions de Syriens vivent dans une pauvreté extrême. Une situation particulièrement dramatique pour toute une génération qui se retrouve sacrifiée.

Que se passe-t-il en Syrie depuis 10 ans ?

En 2011, le printemps arabe bouleverse de nombreux pays. En Syrie, la population proteste et conteste le pouvoir mis en place, jugé anti-démocratique, et se fait violemment réprimander par le gouvernement de Bachar Al-Asad. Une guerre civile éclate : d’un côté le gouvernement syrien de Bachar El-Assad, soutenu par la Russie, de l’autre, les rebelles syriens, rejoints par les combattants de l’État Islamique et autres mouvements djihadistes. Depuis 10 ans, la population syrienne est victime de la guerre, forcée de se déplacer régulièrement ou de vivre sous les bombardements. 

En 2019, Bachar El-Assad décide de lancer une offensive dans la province d'Idleb, au nord-ouest de la Syrie, afin de reprendre le pouvoir sur plusieurs villes. Une opération qui a de lourdes conséquences humaines. Les frappes aériennes font des centaines de morts parmi les civils à Idleb et Alep et près d’un million de déplacés. 

Alors que les djihadistes de l’État islamique sont déclarés vaincus sur une majorité du territoire syrien par le gouvernement et les forces armées internationales depuis 2019, la situation sur le terrain reste toutefois complexe. 

Sans aucune base fixe, les djihadistes continuent le combat de manière clandestine et profitent de la guerre civile et des rebelles pour affronter régulièrement les forces du régime et ses alliés russes. Des affrontements qui continuent de détruire des infrastructures essentielles au pays et de mettre en péril la vie des Syriens. Toute reconstruction est aujourd’hui impossible tout comme le retour des personnes déplacées. Depuis mars 2011, le conflit a tué plus de 380 000 personnes et fait plus d’un million de blessés.

Les enfants et le conflit syrien : dix ans de violences

Parmi toutes les victimes que fait le conflit syrien, les enfants se trouvent au premier rang. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, 40 % des personnes déplacées, à l’étranger comme à l’intérieur du pays, sont des enfants. Privés de soin, d’éducation et de sécurité, leur espoir d’un avenir meilleur s’amoindrit avec les années. Les 10 ans de guerre ont réduit l’espérance de vie globale des enfants syriens à 13 ans.

La destruction des écoles, la vie sous les bombardements, et les conditions des camps de réfugiés sacrifient toute une génération de jeunes Syriens, plongés dans la pauvreté et traumatisés par la guerre. Selon l’ONU, depuis 2013, plus de 4000 enfants, dont 25 % ont moins de 15 ans, ont été enrôlés dans les forces armées. Les filles, elles, vivent dans la peur d’être violées ou victimes de violences sexuelles, et de mariages précoces. 

Quelles réalités pour les réfugiés syriens ?

La guerre civile syrienne est l’une des plus graves crises humanitaires de ces dernières décennies. Selon le Programme alimentaire mondial, plus de 12 millions de personnes sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire en Syrie.

On estime que depuis le début du conflit, plus de 5 millions de Syriens se sont réfugiés à l’étranger, notamment dans les pays limitrophes tels que la Turquie, le Liban et la Jordanie, tous dépassés par l’arrivée massive de réfugiés sur leur territoire. 

En 2020, la pandémie de coronavirus est venue accroître la vulnérabilité des milliers de réfugiés placés dans des camps, parfois informels. La promiscuité des habitations de fortunes complique le respect des gestes barrières et de distanciation sociale. Pour faire face à la situation sanitaire, un premier centre de vaccination a été ouvert en février 2021 en Jordanie, au sein du camp de Zaatari où vivent 80 000 réfugiés syriens. Mais ce premier centre de vaccination est loin d’être suffisant pour enrayer la propagation du virus dans ces camps surpeuplés. 

La vie en camps de réfugiés n’est pas viable et le retour des personnes déplacées en Syrie paraît tout aussi difficile. En plus de vivre dans la peur et le danger, les Syriens n’ont plus accès aux infrastructures de santé et aux écoles, la plupart détruites par les conflits, et se retrouvent dans l’incapacité financière de reconstruire leur logement. La plupart des établissements de santé, les écoles, les zones résidentielles, ou les lieux publics ont été détruits par les bombardements. L’aide humanitaire est difficile à mettre en place dans un contexte fragile et instable alors que les conflits vont à l’encontre des droits humains. 

Une réponse humanitaire indispensable

L’aide humanitaire apportée aux Syriens est loin d’être suffisante. Bloqués par le gouvernement syrien, ou victimes de bombardements, les convois humanitaires tentent tant bien que mal de venir en aide aux plus vulnérables. Dans les pays voisins, les gouvernements peinent à gérer le flux de migrants et à accueillir les réfugiés dans de bonnes conditions. 

Via le Partenariat international World Vision, Vision du Monde apporte une aide humanitaire d’urgence à la population syrienne depuis le début du conflit en 2011. Grâce à son implantation locale et au travail avec ses partenaires, l’ONG a pu venir en aide à plus de 2 millions de personnes ces deux dernières années, dont plus d’un million d’enfants via son approche globale et en intervenant directement sur tous les domaines essentiels.

Les équipes locales de Vision du Monde, apporte une assistance humanitaire d’urgence via la distribution de kits d’hygiène, de nourriture et d’équipements de cuisine, et une aide financière. 

L’association favorise l’accès à l’eau et aux installations sanitaires, et apporte un soutien psychosocial aux enfants tout en luttant contre violences qu’ils peuvent subir.

En 2021, la Syrie entre dans sa onzième année de guerre civile. Selon l’OCHA, plus de 13 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire et de protection cette année.

Alors que près de 5 millions d'enfants sont nés en Syrie pendant la guerre, et n’ont connu que la violence des conflits, il est urgent de mettre un terme à cette crise humanitaire avant qu’elle ne soit irréversible pour des générations entières.