COVID-19 : quelle situation pour les migrants vénézuéliens ?

Le Venezuela est aujourd’hui le théâtre de l’une des plus grandes crises migratoires du monde. Fuyant l’instabilité politique, les violences et l’hyperinflation du pays, de nombreux Vénézuéliens se sont réfugiés dans les pays voisins, pourtant dans l’incapacité de les accueillir dans de bonnes conditions. La pandémie de coronavirus n’a fait qu’accentuer ces conditions de vie déjà difficiles. Enfants et adultes doivent trouver un moyen de survivre entre crise économique et crise sanitaire. 

Venezuela : une crise politique, économique et sociale qui dure

Victimes d’une grave crise économique, politique et sociale installée dans le pays depuis plusieurs années, les Vénézuéliens fuient le pays en masse. Face à la chute des prix du pétrole, le gouvernement provisoire, mis en place après la mort d’Hugo Chavez en 2013, et largement contesté par l’opposition politique, n’a pas su relever l’économie du pays. L’argent de l’État fut investi pour couvrir cette crise pétrolière sans fin, au détriment d’équipements nécessaires au bon fonctionnement de la société. 

Les services de base et les infrastructures comme l’électricité ou encore les systèmes d’assainissement se détériorent de jour en jour, compliquant la vie sur place. Dès 2013, des manifestations éclatent dans tout le pays, faisant du Venezuela l’un des pays les plus violents du continent américain. Ses participants, fortement réprimandés par l’armée vénézuélienne, doivent fuir et demander l’asile politique.

L’exode est d’autant plus fort que l’hyperinflation et le chômage ont provoqué une importante chute du pouvoir d’achat, forçant une grande partie des habitants à quitter le Venezuela pour survivre. 

Selon les dernières estimations, plus de 5 millions de Vénézuéliens auraient immigré dans d'autres pays au cours des cinq dernières années. Parmi ces migrants, 4,3 millions se sont réfugiés en Colombie, en Équateur, au Brésil, au Pérou, en Bolivie et au Chili. L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que d'ici la fin de l’année 2020, 6,5 millions de Vénézuéliens auront quitté le pays.

Ce déplacement massif de population a de nombreux impacts sur les pays d’accueil. Ces derniers ne sont pas prêts à recevoir autant de migrants et réfugiés vénézuéliens en si peu de temps. En l’absence d’infrastructures adéquates pour les recevoir, les populations déplacées vivent dans des taudis, bidonvilles ou camps de réfugiés, les rendant encore plus vulnérables aux risques d’exploitation, de violences et de stigmatisation. 

Ces familles souffrent de la précarité, et du manque d’accès aux systèmes de soins, d’éducation, et de protection. Des conditions de vie qui s’avèrent d’autant plus difficiles en raison de la pandémie COVID-19.

Crise vénézuélienne : comment faire face à la crise sanitaire de la COVID-19 ?

Au Venezuela, l’urgence sanitaire n’a fait qu’accentuer la crise économique, politique et sociale en empêchant la population d’accéder aux produits de base. Près de 70 % des enfants vénézuéliens n'ont pas accès à l'eau et au savon pour se laver les mains afin de se protéger de la COVID-19.

Les pays voisins doivent faire face aux mêmes difficultés. Selon un communiqué conjoint du HCDH, de l'OIM, du HCR et de l'OMS, « si de nombreux pays protègent et accueillent les populations de réfugiés et de migrants, ils ne sont souvent pas équipés pour répondre à des crises telles que la Covid-19 ». 

En effet, les ressources pour dépister et prendre en charge les personnes atteintes de la COVID-19 sont trop peu nombreuses et les pays ne peuvent gérer une population entière de migrants vivant dans des habitations informelles où la population est fortement concentrée. Les camps et bidonvilles se trouvent à la périphérie des villes et leurs habitants n’ont souvent pas accès aux services hygiéniques de base.

Les conséquences de la crise de la COVID-19 sont doubles pour les migrants. Ces derniers, qui vivent principalement de l’économie informelle, sont confrontés à la perte de sources de revenus et risquent l’expulsion s’ils ne trouvent pas les moyens de payer leur loyer. 

Ces retours forcés au Venezuela, pour des raisons économiques ou sanitaires, sont un risque de plus pour les familles. Lors de ces voyages retours où la distanciation sociale et les gestes barrières ne peuvent être respectés, elles s’exposent davantage à la COVID-19, ainsi qu’à de de nombreuses formes de violences.

D’autres parts, les populations déracinées doivent faire face aux séparations familiales. En effet, certains parents ou enfants décident de partir seuls à l’étranger dans l’espoir de trouver de l’argent pour subvenir aux besoins de leur famille. 

Ce phénomène, présent avant la COVID-19, a empêché les familles de se soutenir et vivre la crise sanitaire ensemble. Une fois les frontières fermées, l’espoir de rejoindre ses proches et sa famille n’existe plus. Beaucoup d’enfants se sont retrouvés seuls, livrés à eux-mêmes. Parmi les migrants, un enfant sur quatre vit seul, sans aucun de ses parents, et un sur trois vit avec seulement l’un d’entre eux. 

En pleine crise économique et sanitaire, la plupart des enfants n’ont plus d’occupation, ni de repère. Plus de 60 % des enfants migrants ont dû arrêter l’école à cause de l’épidémie de coronavirus, soit parce que les cours ont été suspendus, soit parce qu'ils ne sont inscrits dans aucune école.

Accompagner les populations vulnérables face à la crise

Vision du Monde s’engage auprès de la population vénézuélienne pour assurer une réponse d’urgence efficace face à cette crise aux multiples visages. L’association humanitaire aide et accompagne plus de 400 000 personnes touchées par la crise économique, sociale et sanitaire de la COVID-19, dont une grande majorité sont les enfants et adolescents. 

Vision du Monde intervient auprès des enfants vénézuéliens pour leur éducation

D'octobre 2020 à septembre 2022, l’ONG internationale se concentrera sur les besoins des familles et des enfants touchés par la crise humanitaire. Ses principaux objectifs seront de contribuer à la protection, au bien-être et à la sécurité des plus vulnérables, de renforcer les mesures de prévention pour limiter la propagation de la COVID-19, et d’accompagner les organisations sur place pour répondre aux besoins de la population. 

En plus de l'aide humanitaire apportée via la distribution de nourriture, de médicaments et de kits d’hygiène, les équipes locales de Vision du Monde travaillent pour l'inclusion et l'intégration économique et culturelle des populations migrantes et des populations d’accueil, ainsi que pour la réintégration des enfants dans les processus éducatifs.

L’association plaide sans relâche pour que les gouvernements garantissent des conditions juridiques favorables à la protection et au soutien des populations de migrants et de réfugiés.

Il est urgent d’agir pour la santé et la dignité de la population vénézuélienne.