Comment construire la paix grâce aux nouvelles générations ?

Dans les années 90, le Rwanda fait face à une crise majeure : le génocide des tutsis. La population se déchire et la haine interethnique se propage dans tout le pays. Pour apaiser les tensions et aider les jeunes à se relever, World Vision met en place les premiers ateliers de Construction de la Paix. 

Leurs buts ? Apprendre à vivre ensemble dans l’espoir d’éradiquer les conflits ethniques et que les violences ne se perpétuent pas d’une génération à l’autre. L’association travaille sur l’acceptation de l’autre, des différences et promeut une culture de la paix auprès des plus jeunes. 

Peace Club : construire une culture de paix

Les Peace Club, ou ateliers de Construction de la Paix, sont des ateliers organisés par Vision du Monde, via le Partenariat international World Vision auprès de la jeunesse pour qu’enfants et adolescents puissent échanger autour des notions de respect et de tolérance, mais aussi afin qu’ils puissent jouer leur rôle de citoyen en protégeant leurs droits et en contribuant aux efforts de consolidation de la paix au sein de leurs foyers et de leurs communautés. 

Via différents temps forts et actions collectives, les jeunes s’expriment, communiquent et s’épanouissent en partageant leur point de vue sur différents thèmes liés à la vie citoyenne, et aux droits de l'homme. Grâce à ces temps de parole et d’action, chaque adolescent est encouragé à devenir acteur de sa propre protection et celle de son entourage. 

Les ateliers de Construction de la paix sont mis en place dans des contextes fragiles, suite à des conflits ethniques, des déplacements de population, et au sein de camps de réfugiés, pour favoriser la participation des enfants dans les prises de décision. Ils permettent aux jeunes participants de s’exprimer sur leurs ressentis, leurs traumatismes mais aussi sur les solutions possibles pour mettre fin aux violences. 

Ces clubs aident également les enfants à mettre des mots sur les horreurs qu’ils ont vécues, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants soldats. Grâce à un accompagnement psychosocial, l’association veille à ce que les tensions et les conflits ne traversent pas les frontières, ne se déplacent pas au sein des camps de réfugiés et surtout d’une génération à l’autre. 

Vision du Monde est convaincu que les enfants eux-mêmes peuvent être acteurs de la paix en travaillant avec eux sur les valeurs de tolérance. 

Cette approche de construction de la paix est aujourd’hui instaurée au niveau international afin de défendre les droits des enfants et promouvoir la paix au niveau local et national dans chacun des pays bénéficiaires.

Reconstruire la paix après un conflit interethnique

Les ateliers de Construction de la Paix se sont avérés utiles à la suite de la période violente qu’a connu le Rwanda. Le génocide des tutsis rwandais, d’avril à juillet 1994, a fait plus de 800 000 morts selon l’ONU et de nombreux orphelins. Plusieurs enfants ont vu leurs parents mourir devant leurs yeux et ont connu les horreurs de la guerre dès le plus jeune âge. Un passé qui laisse de profondes séquelles. 

Pour faire face à un tel drame, aider à reconstruire les maisons et apporter des produits de première nécessité est loin d’être suffisant. Heather MacLeod, infirmière ayant travaillé en 1994 dans des centres pour mineurs non accompagnés, évoque le traumatisme de ces enfants : « Ils ne jouaient pas beaucoup. Ils ne se comportaient pas comme des enfants. ».

Pour reconstruire un pays en ruine, l’ONG World Vision a alors développé un modèle spécifique qui perdure aujourd'hui : un programme de deux semaines de partage de souvenirs personnels du génocide rwandais, d'apprentissage de nouveaux outils pour gérer ses émotions et d’outils de réflexion sur l’importance de pardonner.

Bien que les premiers effets positifs aient mis du temps à se faire ressentir, ce processus a été un succès et fut reconduit dans l’ensemble du pays. Une opération essentielle à la sortie de crise et qui permet d’offrir toutes les chances de réconciliation aux nouvelles générations.

Le traumatisme des enfants victimes des conflits armés

Un accompagnement dans les camps de réfugiés

Ces groupes de paroles pour enfants et adolescents prennent aujourd’hui toute leur importance dans les camps de réfugiés en Ouganda ou encore au Bangladesh.

En Ouganda, dans le camp de Bidibidi, près de 300 000 réfugiés ont fui les conflits ethniques du Soudan du Sud. 86% des réfugiés vivant dans le camp sont des femmes et des enfants.

Une fois par semaine, des clubs pour la paix, dont la taille varie de 15 à 50 jeunes, s’organisent afin de suivre le programme de paix mis en place par Vision du Monde. Dans ces ateliers, les enfants font des activités pour se remettre de ce qu'ils ont vécu au Soudan du Sud, apprennent à identifier les dangers, à éviter les combats et à comprendre comment gérer les situations conflictuelles de manière pacifique.

Au sein du camp de Bidibidi, près de 3 000 enfants participent aux ateliers de Construction de la Paix animés par Vision du Monde. Simon, réfugié sud-soudanais, participe à l’un de ces clubs : « Il est important pour la communauté de savoir ce qu'est la paix, et non de savoir se battre ».

Certains de ces enfants ont dû apprendre à se battre durant les conflits et sont devenus ce qu’on appelle des enfants soldats. En République Démocratique du Congo, au moins 30 000 enfants ont été recrutés par les groupes rebelles. Se reconstruire après avoir participé à de nombreux crimes est un long chemin difficile et les enfants se doivent d’être accompagnés. 

Un accompagnement psychosocial également mis en place au sein du plus grand camp de réfugiés au monde, celui de Cox’s Bazar au Bangladesh. Dans ce camp, où se côtoient de nombreuses ethnies comme les Rohingyas de Birmanie, 30 clubs ont été mis en place pour éviter que les conflits ethniques ne se transmettent d’une génération à l’autre ou ne traversent les frontières. Ce travail mené par l’association permet d’apaiser et d’entériner également les tensions entre les réfugiés et les populations d’accueil.

 

Des ateliers utiles pour le respect des droits de l'enfant au sein des programmes de développement

Mis en place initialement dans les contexte fragiles à la suite de conflits, ces ateliers de construction de la paix ont su faire leurs preuves auprès des jeunes générations et se sont avérés être de formidables outils pour transmettre les valeurs de tolérance. Cette approche est donc désormais pleinement intégrée au sein de certains programmes de développement menés par Vision du Monde via le Partenariat international World Vision. C’est la cas notamment en Arménie, Bolivie, Cambodge, Éthiopie, Mongolie, Rwanda, Tanzanie ou encore Ouganda.

En Mongolie, dans le programme de développement de Bor Undur, plus de 300 enfants ont déjà assistés aux ateliers de Construction de la Paix. Ces jeunes ont pu apprendre à gérer leurs émotions, travailler en équipe, s’exprimer dans le respect de l’opinion des autres, mais aussi créer un ensemble d’actions utiles pour la bonne cohésion du groupe et de leur communauté. 

Atelier pour la paix au Cambodge

Ces ateliers de Construction de la Paix permettent à chaque enfant de prendre en main des outils qui l’aideront tout au long de sa vie comme la communication, la tolérance, et l’écoute de l’autre. Au-delà des règles de savoir vivre, chaque enfant apprend à reconnaître ses droits et la manière de les défendre.

Ces ateliers sont organisés sur une période de 7 à 10 mois, à raison d’une à deux fois par semaine. Un volontaire de la communauté anime alors des groupes d’une quinzaine d’adolescents entre 12 et 18 ans. En se retrouvant entre jeunes, les bénéficiaires se sentent à l’aise pour échanger sur divers événements, expériences et thématiques comme la diversité ou encore l’égalité des genres.

Mais les ateliers de Construction de la Paix ne s’arrêtent pas uniquement aux adolescents. Cette approche entend mobiliser toute la communauté par le biais de la jeunesse. De cette manière, chaque jeune peut sensibiliser sa famille et l’ensemble de son entourage, et ainsi jouer un rôle dans le développement de la paix et le bien-être de toute la communauté. Il s’agit avant tout d’un travail commun, participatif et interactif.

Il est essentiel d’encourager les jeunes générations à construire de nouvelles relations apaisées pour qu’eux-mêmes puissent se construire sereinement.

En parrainant un enfant, vous participez donc à l'établissement d'un monde meilleur et plus juste.