Causes et conséquences du mariage précoce

Chaque année, 12 millions de filles se marient avant l'âge de 18 ans. Forcés ou non, ces mariages sont souvent une double peine pour les jeunes filles : leurs droits à une enfance heureuse et à une éducation sont bafoués, et leur santé mise en péril du fait des grossesses précoces que le mariage implique. Une fois mariés, les perspectives d’avenir pour ces enfants sont minces et les empêchent de sortir de la pauvreté.

Mariage précoce : un acte interdit mais toléré

Selon l’ONU, environ 650 millions de filles et de femmes vivantes aujourd'hui ont été mariées durant leur enfance. Un fléau qui touche particulièrement l’Afrique subsaharienne puisque près d’un enfant marié sur trois se trouve aujourd'hui dans cette région du monde. Bien que les garçons puissent aussi être mariés avant la majorité, les jeunes filles sont les plus sujettes à ce genre de pratique. 

Être mariée avant d’atteindre la majorité est pourtant interdit dans une large majorité des pays du monde, y compris dans les pays d’Afrique Subsaharienne. Mais bien qu’officiellement interdits par les différents gouvernements qui peinent à faire appliquer la loi, ces mariages restent une réalité pour de nombreuses communautés. 

Selon les derniers chiffres de UNICEF :

  • 76% des filles au Niger sont mariées avant leur 18ème anniversaire.
  • En République centrafricaine, 29 % des filles de moins de 15 ans sont déjà mariées.
  • 115 millions de garçons et d’hommes à travers le monde auraient été mariés durant leur enfance.
     

Il est cependant très compliqué d’établir le nombre effectif de mariages précoces. En effet, certains mariages sont avant tout religieux ou coutumiers et ne sont pas déclarés administrativement. De plus, beaucoup d’enfants ne sont pas déclarés à la naissance. Selon les dernières études, environ 230 millions enfants dans le monde n’ont pas de certificat de naissance, empêchant toute possibilité de prouver l’âge des jeunes filles au moment du mariage. 

Le mariage d'enfant pour faire face aux difficultés économiques, sociales et morales

Les causes du mariage précoce sont diverses et variées, mais s’expliquent presque toujours par le désir des familles de trouver une alternative aux difficultés économiques, sociales et morales du quotidien.

La pauvreté

Quand des parents peinent à subvenir aux besoins de leurs enfants, ces derniers pensent à marier leur fille le plus tôt possible afin qu’elle puisse bénéficier de la situation financière stable du mari. Une jeune fille mariée est une bouche en moins à nourrir. 

La récente crise sanitaire et économique due à la COVID-19 est un risque de plus de voir augmenter le nombre de mariages précoces dans les contextes fragiles. De nombreuses familles prendront la décision de marier leur fille dans l’espoir que celle-ci accède à de meilleures conditions de vie. 

Mais les mariages précoces ne sont pas toujours des mariages forcés et certaines jeunes filles cherchent à s’émanciper du cercle familial en créant leur propre famille. Ce désir d’émancipation doit être nuancé puisque la véritable raison se trouve parfois dans le besoin de ne plus représenter un poids financier pour la famille ou bien de cacher une grossesse hors mariage à la communauté.

Les croyances

Les pratiques traditionnelles et les croyances jouent aussi un rôle important dans la volonté de marier tôt les jeunes filles. Se marier avant les premières règles serait même un moyen d’accéder au paradis selon certaines religions. Se marier jeune permettrait également de fonder une plus grande famille et de prétendre ainsi au bonheur. 

De plus, certaines familles croient que le mariage est un moyen de protéger leur enfant en évitant les violences et les maladies sexuellement transmissibles. Des croyances intimement liées aux traditions mais aussi au manque d’information et d’éducation.

L’inégalité des sexes

Là où les inégalités de genre et les discriminations sont profondément ancrées, les filles sont vues comme inférieures aux garçons. Cette condition attribuée aux filles encourage les mariages précoces.

En plus de représenter une charge financière, les filles sont souvent considérées comme non destinées à être instruites et à prendre part à la vie économique. Lorsque les parents n’ont pas les moyens de financer les études des filles, celles-ci quittent les bancs de l’école dans le but de fonder une famille.

Les normes sociales

Une jeune fille se doit d’être une épouse et une mère selon les normes sociales de nombreux pays. Rester célibataire est une situation inacceptable qui incite les parents à marier leur fille pour éviter la honte.

Le mariage précoce est aussi souvent un moyen de régler des situations délicates et éviter le déshonneur de la famille que causerait une grossesse hors mariage. Plus vite une jeune fille est mariée, et plus les risques de grossesse hors mariage sont moindres. La pression sociale, bien qu’implicite, poussent alors les familles vers la décision du mariage avant même que leur enfant soit adulte.  

Stop au mariage précoce

Mariages précoces : quelles conséquences ?

Être mariée avant la majorité engendre de graves conséquences sur la santé des jeunes filles, mais aussi sur leur avenir et leur bien-être de manière générale. Il est très difficile de sortir de cette situation et les conséquences sont parfois irréversibles.

Le mariage précoce, contrairement aux idées reçues par beaucoup de familles, sort très rarement les jeunes filles de la pauvreté. Ces dernières sont isolées chez elles, coupées de toute éducation, et souvent coupées de leur famille. Enfermées dans le rôle d’épouse et de mère, elles ne peuvent exercer un métier et espérer toucher un revenu. Ces dernières quittent souvent l’école juste après le mariage. Pourtant, chaque année d’étude réduit d’au moins cinq points le pourcentage de risque de se marier avant 18 ans, selon un rapport de la Banque Mondiale. Un cercle vicieux difficile à briser. 

Les traumatismes subis à cause des mariages précoces

La protection des jeunes filles par le mariage précoce est une autre idée reçue à déconstruire auprès des communautés. Dépourvues de toute éducation sexuelle, elles peuvent être victimes des violences de leur mari, souvent plus âgés, et peuvent être contaminées par le VIH. Les jeunes filles mariées précocement sont plus en proie aux risques de violences conjugales et sexuelles. 

Enfin, le mariage précoce induit souvent des grossesses précoces qui peuvent avoir de graves répercussions sur la santé des jeunes filles en pleine puberté, dont le bassin n’est parfois pas totalement formé. Les risques pour la santé sont alors aussi importants pour la mère que pour le nourrisson, et les accouchements peuvent s’avérer compliqués. 

Mais les mariages précoces ont aussi des répercussions sur le développement économique et social de tout un pays. L’absence d’activité professionnelle des jeunes femmes mariées est un manque à gagner colossal, tout comme l’instruction des femmes est une condition indispensable à leur émancipation et au respect de les droits. 

Vision du Monde lutte contre le mariage précoce

Les mariages précoces empêchent les jeunes filles de se développer pleinement et sereinement en décidant de leur avenir. Pour lutter contre ces mariages encore trop fréquents, Vision du Monde mène des actions avec les communautés pour sensibiliser les enfants et leurs familles sur les dangers de telles pratiques. L’ONG de protection de l'enfance encourage également l’éducation des jeunes filles pour leur donner les clés de leur émancipation et changer durablement les mentalités. 

Sensibiliser les enfants sur leurs droits passe notamment par la mise en place de groupes de paroles et de plaidoyer comme par exemple le Conseil Municipal des Enfants créé à Diokoul au Sénégal. Ces espaces de paroles amènent les enfants à échanger sur leurs droits et sur les violences subies contre lesquelles il est encore primordial de se battre.

Au Vietnam, dans les communes de Suoi Bu et Suoi Giang, un programme de sensibilisation contre les mariages précoces a été mis en place dès 2016. À travers des clubs de parents, des journées de sensibilisation communautaires ainsi que des accompagnements personnalisés, les bénéficiaires, enfants et adultes, ont pu obtenir des informations sur la santé reproductive, les besoins spécifiques des enfants ainsi que des cours en droit du mariage et de la famille. Jusqu’à aujourd’hui, les actions de sensibilisation sur place ont permis de diminuer de moitié le nombre de mariages précoces dans la région. 

La récente crise sanitaire est une raison de plus pour redoubler d’efforts afin d’empêcher ces pratiques, véritable violation des droits de l’enfant.

Le combat contre les mariages précoces doit continuer. Aidez-nous.