Iréne et Joseph, enfants soldats victimes des conflits armés

Selon les Nations Unies, 357 millions d’enfants, soit un enfant sur six, vivent dans des zones touchées par des conflits armés. Ces enfants doivent alors faire face à toutes formes de violence et d'exploitation, notamment en combattant auprès des armées gouvernementales ou rebelles. On estime que 300 000 enfants sont recrutés dans le monde pour se battre dans l’espoir d’une vie meilleure. On les appelle les enfants soldats. 
 

Le fléau des enfants soldats dans le monde

Un enfant soldat n’est pas toujours un combattant. Selon la définition de l’ONU, les enfants soldats peuvent aussi être « les porteurs, les espions, les cuisiniers, mais aussi les enfants recrutés à des fins d’exploitation sexuelle ». Utilisés comme arme de guerre, ces enfants apprennent à tuer et à obéir coûte que coûte.

Cependant, alors que de nombreux enfants sont enrôlés de force, une partie des enfants impliqués auprès des forces armées et des groupes armés ne sont pas enlevés, ni forcés de se joindre au conflit. Un certain nombre de gouvernements et groupes rebelles en situation de conflit recrutent encore, et beaucoup d’enfants rejoignent ces acteurs armés en raison de diverses formes de désespoir. Ils n'ont pas d'autres options ou pensent qu’il s’agit de la meilleure solution face à la pauvreté de leur famille, au manque de nourriture, de soins et d’éducation. 

En effet, en cas de conflit armé, les possibilités d’éducation, d’emploi et même de loisirs des enfants sont largement limitées. Sur les 303 millions d'enfants non scolarisés dans le monde, près de la moitié vivent dans des pays touchés par des conflits et des catastrophes. En République Démocratique du Congo, depuis le début de la crise dans la région du Kasaï, en août 2016, 150 000 enfants ont perdu l'accès à l'école à la suite de violences, de dommages aux installations scolaires et de déplacements de population.

Convaincus par un frère, un cousin, ou un autre membre de l’entourage, les enfants se voient promettre une vie meilleure et un salaire convenable s’ils rejoignent les rangs des combattants.

Iréne et Joseph, enfants soldats en RDC

« Je n’étais pas allée à l’école depuis longtemps et je voulais une éducation »


Iréne, 16 ans, s’est engagée auprès du groupe armé de Kamuina Nsapu à Kananga, région du Kasaï en République Démocratique du Congo.  Voici son témoignage :

« Je vivais seule avec ma mère à Dibaya, quand quelqu'un de mon village est venu et a dit qu'il paierait mes frais de scolarité si je rejoignais le mouvement (Kamuina Nsapu). L’homme était important, et ami avec le chef. C'était difficile de dire non. Je n’étais pas allée à l’école depuis longtemps et je voulais une éducation.

J'ai été dans la brousse pendant sept mois. Il faisait assez froid, il n'y avait pas beaucoup à manger et nous devions nous battre chaque fois que les commandants nous le disaient. Il y avait beaucoup d'autres enfants, tous âgés de 8 à 18 ans. J'ai entendu dire qu'ils démobilisaient les enfants, alors je me suis échappée. Je savais que si je restais, je finirais par mourir horriblement. Certains commandants nous ont amenés au stade de Kananga, et le BNCE [Bureau National Catholique pour les Enfants, une ONG locale qui gère un centre pour enfants démobilisés] était là ainsi que la MONUSCO [la force de maintien de la paix des Nations Unies]. Ils nous ont dit de déposer nos armes - que c’était « contre les droits de l’enfant » de se battre, que je devrais être à l’école. Je ne le savais pas avant. »

Maintenant, je suis au centre, et tout va bien. Nous mangeons trois fois par jour et nous avons des leçons. Je me sens en sécurité ici. Parfois, j'entends toujours des balles la nuit, mais je sais que je n'ai pas à me réveiller et à me battre. Je peux me rendormir. »

 

 

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« Mon ami recrutait des enfants en disant que le groupe prendrait soin de nous »

Tout comme Iréne, Joseph, 12 ans, a été recruté par le groupe armé Kamuina Nsapu en RDC. Voici son témoignage : 

« Avant de rejoindre le groupe, je vivais avec ma grand-mère à Nganza, une banlieue à l'extérieur de Kananga. Je l'aidais à vendre des cacahuètes tous les après-midis. Ma vie n'était pas facile et il n'y avait pas grand-chose à manger. Un jour, un ami m'a dit qu'il recrutait des enfants pour travailler dans un groupe armé, disant que le groupe prendrait soin de nous. Je savais que c'était une opportunité que je ne pouvais pas manquer, surtout parce qu'il y avait si peu à manger.

Nous avons dû passer par une cérémonie d’initiation pour rejoindre le groupe. Après avoir été initié, ils m'ont donné mon arme principale : un bâton. Cela devait nous aider à tuer tous les ennemis sur notre chemin. Pourtant, certains d'entre nous sont tout de même morts.

Maintenant, je vis dans un centre de transit avec d'autres enfants. Ils s’occupent de nous, mais je n’ai pas entendu parler de la possibilité d’aller à l’école. Je voudrais vraiment devenir mécanicien. » 

Vision du Monde agit pour la réinsertion des enfants soldats

Via le partenariat international World Vision, l’association humanitaire Vision du Monde répond aux besoins immédiats et de long terme des enfants soldats par l’intermédiaire de centres de réhabilitation situés au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo et en Birmanie. L’association intervient également en Irak en apportant un soutien psychologique auprès des femmes, des hommes et des enfants victimes de traumatismes et de dépressions à la suite de conflits armés.

Ces centres de réhabilitation apportent aux ex-enfants soldats une alimentation équilibrée, un suivi médical adapté, une orientation psychosociale, une formation professionnelle et une éducation sur le VIH. Vision du Monde répond également aux besoins spécifiques des filles victimes des conflits armés (abus sexuels, grossesses, maladies sexuellement transmissibles, etc.).

Vision du Monde travaille avec les communautés pour la réinsertion et le suivi des enfants réhabilités et développe des projets d’éducation et de formation des anciens enfants soldats. L’association agit également au quotidien pour prévenir et empêcher l’enrôlement des enfants au sein de groupes armés. Elle a l’objectif d’éliminer les différents facteurs qui participent à la vulnérabilité des enfants face à de telles propositions. Il s’agit notamment :

  • du manque d’éducation,
  • de la pression des paires,
  • de la pauvreté,
  • des attentes de la famille et de la communauté qui expriment un besoin de vengeance,
  • de l’insécurité et la migration,
  • et de la rupture familiale.

Elle mobilise les chefs des communautés au sein de ses programmes de protection de l’enfance pour que les enfants soient considérés comme des enfants et non comme des soldats. Vision du monde met également en place des espaces de protection des enfants et de construction de la paix dans les zones de conflits réduisant ainsi le risque d’enrôlement.

 

Aidez-nous à protéger les enfants !