3 ans de la crise des Rohingyas, où en est-on ?

Depuis maintenant 3 ans, la crise des Rohingyas bouleverse le sud de la Birmanie. Face à une campagne de répression violente des bouddhistes du pays envers la minorité musulmane Rohingya, ces derniers ont été obligés de fuir leurs villages. Dans les camps de Cox’s Bazar, au Bangladesh, des centaines de milliers de réfugiés Rohingyas vivent désormais dans des habitats de fortune.

Après trois ans d’intervention humanitaire, la récente crise du coronavirus vient fragiliser tous les efforts réalisés jusqu’à aujourd’hui pour assurer la protection des réfugiés et améliorer leurs conditions de vie. Vision du Monde ne cesse d’adapter sa réponse humanitaire d’urgence pour accompagner les Rohingyas et les déplacés internes birmans au cœur de ce contexte fragile.  

Quelle est la situation des Rohingyas aujourd’hui ?

En août 2017, plus de 720 000 Rohingyas fuyaient la Birmanie. La raison ? Après une escalade de violence entre les deux camps, la minorité musulmane Rohingya subissait une campagne de répression violente de la part de l’armée birmane et de la communauté majoritaire bouddhiste. Alors qu’elle représente 5 % de la population, soit 1,3 million de personnes, toute la minorité musulmane Rohingya est touchée, sans exception.

Les Rohingyas fuient en grande majorité dans le pays voisin : le Bangladesh. Le conflit qui dure depuis des années entraîne violence et torture, à tel point que la communauté internationale commence à évoquer un génocide. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, la plupart des réfugiés ont quitté le pays dans les trois premiers mois de la crise, et environ 12 000 personnes sont arrivées au Bangladesh au cours du premier semestre 2018. Après trois ans de crise, ce sont aujourd’hui plus de 855 000 réfugiés rohingyas qui vivent dans le camp de Cox’s Bazar, à Kutupalong au Bangladesh, à la frontière de la Birmanie.

Les Rohingyas sont actuellement l’une des minorités les plus persécutées au monde selon l’ONU. En pleine crise, la Birmanie a décidé de leur retirer la nationalité birmane pendant que le Bangladesh, lui, refuse de leur accorder le statut de réfugié. Les Rohingyas sont apatrides et ne bénéficient donc de la protection d’aucun État. Sans nationalité ou statut officiel, les Rohingyas n’ont pas le droit de travailler. Une situation complexe qui les empêche de se reconstruire, ou bien de retourner dans leur pays encore profondément touché par la guerre. 
 

Réfugiés Rohingyas : entre crise humanitaire et crise sanitaire

Alors que la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête en 2019 sur les barbaries dont a été victime la minorité musulmane Rohingya depuis l’été 2017, les conditions des réfugiés continuent de se détériorer dans les camps de fortune installés au Bangladesh. Le manque d’hygiène, la surpopulation et les aléas climatiques compliquent les conditions de vie de l’ensemble des habitants du camp de Cox’s Bazar, dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants. 

Sans nationalité, les parents ne peuvent trouver un travail pour subvenir aux besoins de toute la famille, et les enfants ne vont plus à l’école. Au total, 540 000 enfants de 3 à 14 ans n’ont pas accès à l’éducation. Aller à l’école est pourtant un moyen pour les enfants de s’épanouir et d’espérer une vie meilleure, loin des traumatismes et de l’anxiété engendrés par les conflits. 

Alors qu’aucun pays ne souhaite reconnaître légalement les Rohingyas, la population de réfugiés ne peut défendre ses droits, exacerbant la vulnérabilité des enfants face aux risques de trafics d’êtres humains, travail des enfants, mariages précoces, violences sexuelles et toutes formes d’abus et de violences. 

Famille Rohingyas au temps du COVID-19

Bien que les camps de réfugiés bénéficient de plus en plus d’infrastructures sanitaires et de points d’eau potable, l’hygiène reste un enjeu majeur dans un lieu bondé où le nombre de latrines reste encore insuffisant et que la gestion des eaux usées est une problématique quotidienne. Les femmes et les enfants non accompagnées s’exposent davantage aux violences lorsque le manque de toilettes les oblige à s’éloigner.

L’accès aux soins est également très limité pour l’ensemble des familles qui ne peuvent pas toujours se faire vacciner contre des maladies comme la rougeole ou le choléra. De plus, chaque année, les moussons provoquent des glissements de terrain, détruisant régulièrement les infrastructures mises en place par les ONG.

Ces derniers mois, la crise de la COVID-19 est venue exacerber les conditions sanitaires des camps de réfugiés. À Kutupalong, dans les camps de Cox’s Bazar, le risque de propagation du virus est extrêmement important : la densité de population étant trois fois plus élevée qu’à Paris. Avec 70 000 habitants au km², il est compliqué de faire respecter les gestes barrières et les mesures d’hygiène alors que les infrastructures sanitaires sont communes et les lieux souvent insalubres. Les personnes fragiles ne peuvent s’isoler et s’exposent aux dangers du virus au quotidien. 

Zoom sur l’aide apportée par Vision du Monde aux Rohingyas

La priorité de Vision du Monde est de protéger les droits, la dignité et le bien-être des réfugiés Rohingyas et des déplacés internes birmans, particulièrement en soutenant l’éducation, l’un des droits fondamentaux des enfants. À travers le réseau international World Vision, l’ONG a déjà soutenu des milliers de réfugiés Rohingyas.

Depuis 3 ans, Vision du Monde organise une réponse humanitaire de long terme pour distribuer une aide alimentaire et financière, assurer l’accès aux moyens de subsistance et à l’eau potable, et assurer la protection des enfants, notamment dans les camps de réfugiés. Depuis le début de la crise, les réfugiés ont pu recevoir régulièrement des bons permettant d’acheter des produits frais pour leur alimentation, ainsi que des kits d’hygiène. 

Cette année, l’aide humanitaire continue dans les camps de réfugiés :

  • 18 centres d’éducation ont été construits et plus de 3 300 enfants ont été accueillis dans ces centres,
  • Près de 23 000 enfants ont bénéficié d’un soutien psychosocial,
  • Plus de 3 500 adolescents, filles et garçons, ont participé à des programmes de formation aux compétences professionnelles,
  • Plus de 300 douches et 400 toilettes ont été construites,
  • Près de 1 400 stations de lavages de mains ont été installées,
  • Plus de 220 000 personnes réfugiés et locales ont été sensibilisées à la COVID-19 et 548 leaders religieux ont été formés pour diffuser ces informations à toute la communauté,
  • Plus de 21 000 réfugiés ont reçu des kits pour se laver les mains et se protéger de la COVID-19.

En Partenariat avec l’UNICEF, Vision du Monde a participé à la construction de 18 centres éducatifs supplémentaires pour les enfants et adolescents afin de favoriser l’apprentissage de la lecture, des mathématiques, de l’anglais et la langue birmane, tout en apprenant à vivre en communauté. Les adolescents peuvent également participer à des ateliers techniques, tels que la réparation d'appareils solaires et des ateliers de couture afin de développer des compétences professionnelles utiles pour l’avenir. 

La crise Rohingya est loin d’être terminée. Dans l’État d’Arakan, au sud de la Birmanie, les Rohingyas continuent d’être victimes de violences quotidiennes. La guerre a entraîné de nombreux déplacements de villageois vers Sittwe, la capitale de l’État d’Arakan. Aujourd’hui, plus de 100 000 déplacés internes vivent à Sittwe dans des conditions difficiles et les cas de COVID-19 ne cessent d’augmenter. Vision du Monde, via le partenariat international World Vision, entend continuer d’aider et de soutenir la population Rohingya, réfugiés et déplacés internes, dans cette crise.