Le financement du développement
NOTRE PLAIDOYER : Financer le développement, c’est non seulement permettre aux pays pauvres d’atteindre des objectifs de développement, mais c’est surtout réformer des structures économiques et financières toutes articulées autour du transfert des ressources naturelles du Sud vers le Nord. Vision du Monde plaide pour un financement du développement français plus important, efficace et transparent, pour l'annulation des dettes insoutenables et illégitimes, pour des règles commerciales plus équitables et pour une co-responsabilité des donateurs et des bénéficiaires.
Le Sud n’a jamais été aussi dépendant du Nord et les inégalités économiques et sociales s'y sont creusées. Leur population subit d’ailleurs de plein fouet les crises alimentaire, écologique, énergétique, financière et économique, sans jamais avoir profité de ces systèmes.
Les conditionnalités macroéconomiques liées aux financements réduisent considérablement les marges de manœuvre des pays du Sud : ils ne peuvent pas adopter des stratégies nationales adaptées à leur contexte et la surconsommation prônée des ressources naturelles contrevient au développement durable et à l’exploitation des cultures vivrières.
Si le rythme actuel se maintient, l’Afrique n’atteindra les 8 Objectifs du Millénaire qu’en 2147. Depuis 10 ans, certains pays ont indéniablement réalisé des progrès (scolarisation des enfants, accès à l’eau potable, lutte contre les pandémies…), mais les ressources mobilisées sont très insuffisantes. Or ce n'est pas l'argent qui manque : le monde dépense chaque année 10 fois plus pour l'armement que pour le développement. > Pour en savoir plus sur les OMD
Parallèlement, de nombreux pays continuent à rembourser des dettes illégitimes alors que ces montants représentent un fardeau insupportable pour leur économie. Le service annuel de la dette totalise 2 fois plus que le budget de la santé en Haïti, où 60% de la population vit avec moins d’1 dollar par jour. > Pour en savoir plus sur la dette
Une réforme drastique des systèmes économique et financier ainsi que des ressources supplémentaires sont indispensables pour concrétiser les engagements de la communauté internationale (la réalisation des OMD représente à peu près 50 milliards de dollars annuels). Par ailleurs, tous les pays avancés ne contribuent pas à la même échelle et les acteurs privés sont très peu impliqués.
Pour cela, il faut améliorer le financement du développement et diversifier les ressources :
- Créer des taxes obligatoires au profit de fonds multilatéraux sur un certain nombre de processus ou de produits : Taxe Tobin sur les opérations de change, Ecotaxe sur la pollution, Unitaid sur les billets d’avion, taxe sur les produits de luxe…
- Les fonds mondiaux : il existe entre 75 et 100 fonds multilatéraux, et 1/3 des nouveaux financements concernent la santé (Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme…). Ce type de financement à l’avantage de mobiliser de nouvelles ressources, et ce de façon et massive, mais la complémentarité de ces fonds reste à améliorer.
Les mécanismes innovants doivent être rentables, prévisibles et rapidement mobilisables.
Les pays pauvres doivent :
- Mettre en place un système fiscal régulé et transparent ;
- Rediriger la rente des matières premières au profit des populations ;
- Lutter contre la fuite des capitaux à l’échelle nationale et internationale ;
- Faire participer la société civile et exercer un contrôle parlementaire accru ;
- Favoriser la coopération Sud-Sud et les banques régionales dans le financement du développement.
Il faudrait en outre que les pays riches :
- Respectent leur engagement d'allouer 0,7% du RNB à l’APD (sans comptabiliser les allègements de dette et les taxes de solidarité) ;
- Annulent les dettes insoutenables et illégitimes ;
- Rationnalisent et améliorent la transparence de leurs relations avec les pays du Sud > voir la Françafrique
- Coopèrent en respectant l’égalité des partenaires (exclusion des conditionnalités macroéconomiques) ;
- Mettent en place un réel dialogue politique et encouragent les engagements mutuels et la participation des acteurs concernés à tous les niveaux (pays du Sud, parlements, société civile, collectivités territoriales…).
Les pays en développement doivent désormais s’approprier leur développement et leurs stratégies de réduction de la pauvreté. Et pour cela, la prise de responsabilité des gouvernements nationaux est elle aussi indispensable.







