Damien, parrain de Kyaw-kyaw, Sithu et Zaw-lin au Myanmar.

Je suis assez fébrile en pensant à ma rencontre avec les enfants, et pour m'assurer qu'il n'y aurait pas d'imprévu, j'entraine tout le monde dans une folle ballade à travers Yangon afin de trouver le bureau local de Vision du Monde et de confirmer notre visite pour le lendemain. Nous rencontrons la responsable des 10 projets de Vision du Monde en cours au Myanmar ! Soulagés de constater que nous étions attendus et que tout est organisé pour notre visite !

21 Août, 09h00 du matin, direction Dagon Seik-kan...
Comme prévu, la responsable et un de ses collaborateurs passent nous prendre à l’hôtel. Nous prenons place à bord du petit van de Vision du Monde qui s'ébranle direction Dagon Seik-kan. La responsable nous informe que nous rencontrerons les enfants dans les locaux de Vision du Monde à Dagon. Je suis tout excité à l'idée de les voir enfin, et un peu inquiet aussi : comment vont-ils me trouver ? Comment va-t-on communiquer ? Quelle impression vais-je leur faire ?... 3/4 d'heure plus tard, le van s'arrête devant un petit bâtiment sans prétention mais propre. Nous sommes arrivés. La porte est ouverte et à l'intérieur, de nombreuses personnes nous attendent assises autour d'une table. Les enfants sont là ! Je descends du van, me dirige vers l'entrée ; les enfants viennent à ma rencontre (un peu poussés par leurs parents ! ) avec des bouquets de fleurs... Et là, au premier regard que je pose vraiment sur eux, à la seconde où je reconnais chacun d'entre eux, deux choses me marquent profondément :

- La première, c'est qu'ils sont vraiment tout petits, minuscules ! On ne se rend pas vraiment compte sur les photos, mais ce sont de petites crevettes ! Avec ma mère, on s'était interrogé, en recevant leur bilan annuel, sur leur taille et leur poids qui nous semblaient bien en deça des moyennes françaises pour des enfants du même âge.

- La deuxième, c'est qu'ils sont très beaux ! Des petits bonhommes vraiment mignons ! Ils m'ont offert les bouquets et sont retournés s'asseoir. Tous les trois portaient les vêtements que je leur avais envoyés par colis, et qui bien sûr étaient trop grands pour eux ! Nous avons salué tout le monde, parents, grands-parents, membres de l'équipe de Vision du Monde, et nous avons été invités à nous asseoir de l'autre côté de la table.

S'en est suivi un petit moment de gêne, personne ne sachant que dire ou que faire ! Les enfants m'observaient (me dévisageaient plutôt), j'observais les enfants, les parents m'observaient, les grand-parents m'observaient, les membres de Vision du Monde m'observaient, mes frères et ma belle-soeur me regardaient l'air de dire "et maintenant?"... Et je me suis senti vraiment très seul ! Alors, je me suis mis à déballer les cadeaux pour les enfants, mes frères et ma belle-soeur ont fait de même, on les a distribués un par un. Je me suis mis à jouer avec eux, à leur sourire et à faire le pitre (que je fais très bien par ailleurs ! ). Les garçons ont continué à m'observer, un peu sur la réserve, et puis il y a eu ces instants magiques, où chacun à leur tour, ils m'ont souri et m'ont accepté ! Le premier a été "Sithu la flèche", et si vous l'aviez vu sourire ... Mais comment peut-il y avoir autant d'enthousiasme et d'énergie dans un si petit bonhomme ?

Ensuite, ça a été Chit-Snow, le grand frère de Kyaw-Kyaw qui était là pour l'occasion. C'est un garçon de 12 ans tout en sourire et à la joie communicative, en plus d'être extrêmement vif ! Je ne sais pas pourquoi il était là ce jour là, je sais juste que c'était une très bonne chose. On y a tous les deux gagné quelque chose de précieux !
Le sourire suivant a été celui de Zaw-lin, et quel sourire ! Mais où était-il ce petit garçon qui avait l'air si triste sur la photo ? Le petit garçon que j'avais en face de moi était tout l'opposé, souriant et dynamique, affectueux et attachant!

Quant-à Kyaw-Kyaw, il a pris son temps, il a été plus prudent que les autres et m'a observé beaucoup plus longtemps. Je pense qu'il avait besoin d'être rassuré, d'être sûr qu'il pouvait me faire confiance. J'ai laissé faire, essayant de ne pas le brusquer... Après tout, l'affection, la confiance et l'amitié font partie de ces choses qui ne se commandent ni ne s'achètent ! Comment vous dire ... Au moment où ils m'ont souri chacun leur tour, ça a été plus qu'un sourire, comme un signal ; lorsqu'ils m'ont souri, ils m'ont accepté, adopté. Ils n'étaient plus des enfants parrainés, des "filleuls" et moi un "parrain". A ce moment là, ils sont devenus pour toujours mes ptits gars, mes petits frères ! Et je pense qu'ils ont la certitude aujourd'hui qu'ils pourront toujours compter sur moi ! Le reste de la journée a été magique!

On a beaucoup joué, beaucoup parlé, pris des photos, des vidéos, échangé des cadeaux...
Petite anecdote amusante : nous étions à table, Zaw-Lin assis en face de moi, Mu Mu Khin à ma droite avec qui j'échange quelques mots, et je remarque que depuis un petit moment, mon ptit gars m'observe attentivement. Enfin il se décide et dit quelques mots en birman à Mu Mu qui se met à rire ! - "Qu'est-ce qu'il a dit?" - "Il a dit qu'au début il ne t'a pas reconnu parce que tu ne ressembles pas aux photos que tu as envoyées. Il dit qu'en vrai tu es très beau et que tu ressembles à une star de cinéma!" Bien sûr, je suis flatté par le compliment ! Et je demande : - "Pourquoi ? Sur les photos je suis moche ?" Mu Mu traduit et mon Zaw Lin se met à acquiescer vigoureusement : oui je suis moche sur les photos ! Bien sûr, tout le monde éclate de rire... Il y a eu aussi le concours de bras de fer ! Tous mes ptits gars voulaient se mesurer à moi ! Et moi qui faisait à chaque fois semblant de perdre, et eux qui y croyaient dur comme fer, tout heureux de m'avoir battu!!!


Bref, je pourrais tout raconter sans omettre le moindre détail, mais il y aurait trop de choses à dire. Ça a été une journée magique, heureuse, le genre de journée qui change votre vie... Et il a fallu se dire au revoir...J'ai essayé de ne rien montrer, mais ça m'a déchiré le cœur! On n'en finissait plus mes gamins et moi de se dire au revoir, de s'embrasser et de se prendre dans les bras.


On aurait eu encore tellement de choses à se dire, tellement de choses à faire ensemble... Et moi qui me disait déjà le cœur serré que je ne les reverrai peut-être plus jamais...

Et pour finir de m'achever, alors que résigné et le coeur lourd je me dirigeais vers le van, Zaw-lin a attrapé le bras de Mu Mu et lui a dit très vite quelque chose dans sa langue. Elle a souri, s'est retourné vers moi et m'a dit : "Zaw-lin te dit que tu ne dois pas l'oublier ! Il te dit s'il te plaît ne l'oublie pas ! Il te dit que tu lui manqueras beaucoup beaucoup et qu'il espère qu'il te manquera aussi ! Il te dit qu'il ne t'oubliera jamais..."

A mon retour en France, ça me fait beaucoup de bien de penser qu'aujourd'hui, au Myanmar, il y a 4 ptits gars qui tiennent à moi et à qui je tiens énormément ! J'ai une pensée pour eux chaque jour, et je sais que cette relation ne fait que commencer. J'ai également eu l'agréable surprise de constater que, bien que j'ai été discret sur notre destination et le but de notre voyage, beaucoup de gens étaient au courant de mon parrainage et en ont été profondément touchés, comme si c'était eux que j'avais aidés personnellement ! J'ai eu de nombreuses marques d'attention, d'affection, qui me disaient toutes que je faisais quelque chose de vraiment bien.

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