Les enfants soldats

Centre de réhabilitation des enfants soldats à Gulu en Ouganda.

Qu’est ce qu’un enfant soldat ?



Le nombre total d’enfants soldats dans le monde est estimé entre 250 000 et 300 000.

L’Afrique subsaharienne, avec 120 000 enfants soldats, représente les 2/5 du phénomène. Mais sur d’autres continents, dans des conflits « oubliés » ou peu médiatisés comme au Sri Lanka, en Colombie ou en Birmanie, les enfants sont aussi couramment utilisés par les armées gouvernementales ou rebelles.

Compte tenu des différents rôles auxquels sont assignés les enfants enrôlés dans les groupes armés, la définition des enfants soldats ne se limite pas aux enfants qui participent directement aux combats. Ainsi, selon la définition de l’Onu, « les porteurs, les espions, les cuisiniers, mais aussi les enfants recrutés à des fins d’exploitation sexuelle » sont également des enfants soldats.

Si la plupart des enfants soldats sont enrôlés de force, d’autres rejoignent volontairement des groupes armés, pour différentes raisons : fuir un entourage familial violent, volonté d’émancipation, désir de vengeance vis-à-vis d’autres soldats, trouver un confort matériel et une protection…
 

A l'origine du phénomène


L’allongement de la durée des conflits, la confusion entre cibles militaires et civiles et la multiplication des armes légères ont fait exploser le nombre d’enfants soldats ces dernières décennies.

Les enfants sont en outre des combattant-modèles pour les forces armées. Leur jeune âge favorise l’endoctrinement et, par conséquent, la dévotion à la cause. Ils accomplissent leurs tâches sans discuter, sont peu portés à déserter et ne demandent pas de salaires. Par ailleurs, l’utilisation de drogues en fait des soldats sans peur et particulièrement violents.

Sont particulièrement vulnérables les enfants pauvres, orphelins et réfugiés vivant dans une zone de combat, ou qui ont un accès restreint ou inexistant à l’éducation.

Le phénomène des enfants soldats touche des pays où la majorité de la population est jeune, cette caractéristique étant une manifestation du sous-développement. Il s’agit donc de combattre les facteurs qui entraînent des violences et qui poussent des enfants à s’engager dans les armées : pauvreté, exclusion, maltraitance familiale…

Ce que dit la loi


Le Protocole additionnel à la Convention des droits de l’enfant porte à 18 ans l’âge minimal pour participer directement aux combats. Or tous les pays ne respectent pas cette règle – aux Etats-Unis, l’âge minimum pour entrer dans l’armée est de 17 ans.

La Cour Pénale Internationale considère quant à elle que l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans est un « crime de guerre ». Charles Taylor, chef de guerre devenu président du Libéria, est d’ailleurs le premier dirigeant d’un pays africain à être jugé pour crimes de guerre par un tribunal international, s’agissant notamment de l’enrôlement de mineurs de moins de quinze ans.

Les défis de la réinsertion



Privé de son enfance, les souffrances d’un ex-enfant soldat ne disparaissent pas avec le conflit. Il souffre de multiples séquelles physiques (VIH-Sida, mutilations, addictions, grossesses non désirées) et psychologiques (troubles du comportement, violence, dépression, instabilité).

La réintégration des enfants ex-combattants au sein de leur famille et de leur communauté est d’autant plus difficile que les rapports entre les personnes sont marqués par une violence latente et le souvenir des actes commis par ces enfants. Le retour dans les familles – possible si les parents et les proches sont toujours en vie – est l’objectif prioritaire de la réinsertion.

Les défis de la réinsertion sont d'ailleurs nombreux : les enfants ont perdu la notion du bien et du mal et ont des difficultés à se réinsérer professionnellement. La guerre a représenté pour eux un moyen de gagner leur vie, et ils doivent dorénavant apprendre à vivre dans une société pacifiée.

Les enfants impliqués dans des conflits armés peuvent reprendre des relations sociales positives et une vie civile productive. Cela dépend essentiellement d’une volonté politique et de ressources suffisantes pour enrôler les enfants soldats dans des programmes de démobilisation et soutenir leur réinsertion.

Vision du Monde s'engage



Vision du Monde mène depuis de nombreuses années des programmes à l’attention des ex-enfants soldats en Amérique latine (Salvador), en Asie (Sri Lanka, Indonésie...) et en Afrique (Ouganda, Congo, Libéria, Soudan...).
  • Prévention
  • Démobilisation : Les travailleurs sociaux prennent en charge les traumatismes physiques et psychologiques par des soins médicaux, un soutien psychologique et des ateliers récréatifs. Il s’agit aussi de répondre aux besoins spécifiques des filles (grossesses, maladies sexuellement transmissibles…).
  • Réinsertion : Le retour dans le village est une étape-clé, minutieusement préparée. La sensibilisation de la population permet de prévenir les discriminations dont sont souvent victimes les ex-enfants soldats. Les enfants sont suivis tout au long de leur réinsertion et peuvent participer à des cours de rattrapage et des formations professionnelles.
  • Plaidoyer : Forte de son expérience sur le terrain, Vision du Monde publie régulièrement des rapports qui appuient le lobbying politique. Celui-ci vise à interdire le recrutement d’enfants soldats, au sein de l’armée régulière comme des groupes armés.