Les promesses de la France



Les dépenses totales de santé dans les pays pauvres (aide internationale comprise) s’élèvent à 19 euros par personne et par an. Ces chiffres révèlent une insuffisance des moyens financiers affectés à la santé, car, selon l'OMS, les dépenses devraient être multipliées par 3.

Par ailleurs, les dépenses de santé sont en grande partie à la charge des particuliers (60% des dépenses en Afrique subsaharienne et 76% en Asie du Sud). Ce système profondément inégalitaire a des conséquences sanitaires et économiques importantes pour les ménages, les amenant à renoncer aux soins ou à les différer. Très vulnérables face aux dépenses imprévues, ils peuvent, du jour au lendemain, tomber dans un piège de pauvreté.

Face à ce constat inquiétant et devant l’ampleur des besoins, le plaidoyer se fait plus pressant pour une augmentation de l'aide française en santé.

Certes, la France manifeste une volonté d’engagement en faveur de la santé

  • Ses deux derniers Ministres des affaires étrangères sont des médecins. Bernard Kouchner est le cofondateur de Médecins Sans Frontières et de Médecins du Monde. Philippe Douste-Blazy a quant à lui été à l’instigation d’Unitaid, une taxe sur les billets d’avion permettant de négocier des traitements peu coûteux contre le VIH-Sida. La France soutient aussi d’autres sources de financements innovants, notamment la facilité internationale d’achat de vaccins (Alliance Gavi) ;
  • La France est le 2ème contributeur au Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme ;
  • Elle s’est engagée avec le G8 en 2005 à "développer massivement la prévention, les soins, le traitement et la prise en charge en matière de VIH, en s’efforçant de s’approcher le plus possible de l’objectif d’un accès universel au traitement à l’horizon 2010" ;
  • Le 8 juin 2007, au sommet du G8, Nicolas Sarkozy avait annoncé : "Le G8 s’est engagé à financer la santé en Afrique à hauteur de 60 milliards de dollars au cours des prochaines années […] la France […] va consacrer un milliard de dollars par an à la santé en Afrique." Ces propos engageaient la France à augmenter son aide financière en matière de santé. *

Des discours qui ne se traduisent pas par des réalisations concrètes

  • Les déclarations officielles du gouvernement ont remis en cause l’engagement d’allouer 0,7% de son RNB à l’aide au développement   en 2012, en le reportant – au moins – à 2015. En réduisant ses engagements financiers, la France compromet ses promesses en santé ;
  • De fait, la France a vu son niveau d’aide au développement baisser en 2007 (0,39 % du RNB en 2007 contre 0,47 en 2006), y compris l'aide en matière de santé. Cette année-là, la France n’a consacré que 28,5 millions d’euros à l’OMD 4 (soit 3% de l’APD santé) et 47.6 millions à l’OMD 5 (5% de l’APD santé), des sommes qui sont incompatibles avec la réalisation de ces deux Objectifs.  ;
  • Ses secteurs de prédilection ne sont pas en reste : en 2008, la France a diminué de 20 millions d’euros sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le Sida, tuberculose et le paludisme. D’après l’association Act Up, cette baisse de 7 % revient à supprimer le traitement de 10 000 personnes ;
  • Depuis 2001 l’OMS préconise aux pays du Nord d’allouer 0,1% de leur RNB à la santé. Or, en 2007, la France n’y consacrait que 0,05% (UNITAID inclus) ;
  • La promotion par la France de taxes comme Unitaid ou de systèmes micro-assuranciels en santé ne doit pas dispenser la France de s’acquitter de l’aide additionnelle promise ni "faire payer les plus pauvres" ;
  • La lutte contre les maladies infectieuses absorbe la moitié des financement alloués à la santé, au détriment d’autres problèmes comme la santé materno-infantile, les maladies non transmissibles et les maladies tropicales négligées. Or dans certains pays, ces maladies sont plus problématiques que les trois grandes pandémies (Sida, tuberculose, paludisme). L’allocation des fonds en matière de santé doit donc prendre davantage en compte les spécificités nationales, afin de répondre efficacement aux problèmes de santé du pays ;
  • Enfin, l’approche sectorielle de l’aide néglige le renforcement essentiel des systèmes de santé, en focalisant les efforts sur certaines maladies au détriment de l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité aux soins.

La France est appelée à jouer un rôle moteur en faveur de la santé


La France est appelée à jouer un rôle pilote en matière de santé, et devra notamment  :
  • Affecter des ressources additionnelles pour répondre à la crise des ressources humaines en santé dans les pays en développement ;
  • Consacrer des fonds supplémentaires pour la recherche sur les maladies qui touchent les populations des pays pauvres. En effet, certaines maladies représentent 90% de la charge de morbidité dans le monde, mais seulement 10% du financement de la recherche leur sont consacrées ;
  • Financer la lutte contre les maladies chroniques non transmissibles ;
  • Enfin, la France doit adopter un calendrier pour concrétiser son engagement de consacrer 0,7% de son RNB à l’APD. La France doit également rattraper d’ici 2012 la moyenne de 11% atteinte par les autres pays riches s’agissant de la part de leur APD consacrée à la santé, en allouant d’ici 2012 au moins 1,8 milliard d’euros par an à la santé.
Demandons à nos gouvernements de tenir leurs engagements : signez la pétition de Vision du Monde sur la santé de la mère esur www.sante-enfants.org   !
Pétition Santé
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