La crise oubliée: les réfugiés irakiens

Distribution de biens pour les réfugiés irakiens en Jordanie

La situation générale en Irak

Depuis l’occupation du pays par la coalition menée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni en 2003, la population irakienne subit quatre guerres à la fois : les groupes sunnites luttent contre les troupes occupantes ; Al-Qaïda s’attaque aussi bien aux occupants qu’aux troupes gouvernementales ; les sunnites et les chiites se livrent une lutte sanglante ; sans oublier la guerre entre milices chiites.

L’Irak est placée dans une violence intercommunautaire que n’ont calmé ni l’exécution des responsables de la dictature ni l’élection démocratique d’un nouveau gouvernement en 2005. Les principales manifestations intercommunautaires sont les attentats à la voiture piégée et les exécutions commises par des « escadrons de la mort ».

« Gestion humanitaire à distance » des besoins des Irakiens


                                                                                                                                                                       C'est dans ce contexte explosif que les organisations humanitaires tentent de venir en aide aux populations. La plupart ont malheureusement du quitter le pays en raison de l'insécurité et du couloir humanitaire imposé par la Coalition. Vision du Monde et d'autres ONG internationales sont ainsi parties d'Irak en mai 2003 car elles voulaient aider les populations en toute indépendance. En août 2003, l’attentat contre le siège de l’ONU à Bagdad et la mort du représentant spécial du Secrétaire général, Sergio Vieira de Melo, attestent d'ailleurs de la très faible marge d’action des organisations neutres de solidarité. L’Onu et les ONG ont donc installé leurs bureaux dans des endroits plus « sûrs » (Nord de l’Irak) ou dans les pays voisins (Syrie, Jordanie, Liban), s’appuyant sur leurs employés et relais irakiens pour la mise en œuvre des programmes.

Pourtant, dans ce pays qui a subi les conséquences de dix années d’embargo (imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU), les besoins des populations sont énormes, notamment en ce qui concerne l’accès aux soins, et plus spécialement les soins pré et post-nataux. De fait, les ONG ont lancé de vastes campagnes de vaccination contre la rougeole, de reconstruction des écoles et des infrastructures (notamment hydrauliques) et se mobilisent pour relancer la scolarisation des enfants.

Un facteur de destabilisation régionale : les réfugiés irakiens


                                                                                                                                                                      Plutôt que de subir ces violences quotidiennes, des millions d’Irakiens ont fui leur domicile, voire leur pays. Cet exode est souvent forcé, suite à l’assassinat d’un proche ou à des menaces de mort. 2 millions de personnes sont ainsi déplacées à l’intérieur de l’Irak. 2,5 millions d’Irakiens ont quant à eux gagné l’étranger, essentiellement la Syrie et la Jordanie. Ils se trouvent en situation de réfugiés, c'est à dire de "personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouvant hors du pays dont elle a la nationalité" (Convention de Genève, 1951). Le HCR estime que ces déplacements constituent le plus grand mouvement de réfugiés au Moyen-Orient depuis la fuite des Palestiniens en 1948.

Qui sont les réfugiés ?


                                                                                                                                                                        Il y a les réfugiés palestiniens qui avaient été accueillis en Irak, les musulmans sunnites chassés des zones chiites, les chiites fuyant les zones sunnites, les Kurdes abandonnant les zones arabes, et les Arabes les zones kurdes, sans oublier les chrétiens irakiens, renvoyés d’un peu partout.

Le HCR estime que 50% des réfugiés Irakiens sont des enfants, dont 500 000 sont en âge d’être scolarisés.

Ces réfugiés sont confrontés à plusieurs difficultés. La première est d’ordre juridique : la Jordanie et la Syrie, qui accueillent à elles seules 90% de ces réfugiés, n’ont pas ratifié les Conventions de Genève sur les réfugiés. Les Irakiens qui ont rejoint ces pays n’ont donc pas de statut. Ils n’ont pas le droit de travailler, ou même d’avoir accès aux soins hospitaliers, et sont théoriquement expulsables à tout moment par les autorités syriennes et jordaniennes.

Un autre problème est celui de la précarité dans laquelle la plupart de ces réfugiés vivent. Ils ont en général fui avec les économies qui leur permettent de subsister au jour le jour, mais qui s’amenuisent peu à peu. Cette précarité peut aussi entrainer des difficultés de coexistence entre les réfugiés et les sociétés des pays d’accueil, où les Irakiens sont parfois accusés d’être des « terroristes », et de menacer la stabilité des pays d’accueil.

En Irak, 10% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition. Et ce conflit crée une génération d'enfants apeurés, psychologiquement vulnérables, sous-éduqués et désenchantés, qui grandissent en exil.

Même si on ne peut que louer la générosité des Etats qui accueillent ces réfugiés, force est de constater que leurs infrastructures ne sont pas prévues pour accueillir un flot continu et croissant de nouvelles personnes à prendre en charge. En Jordanie par exemple, les salles de classe, qui sont déjà surchargées, ne peuvent pas accueillir les enfants de réfugiés.

Quelle réponse de la communauté internationale ?


                                                                                                                                                                    En avril 2007, les ONG et le Haut Commissariat aux Réfugiés ont lancé, lors de la conférence de Genève sur les réfugiés irakiens, un appel de fonds afin d’aider les réfugiés et de soutenir les Etats qui les accueillent.

Or la Conférence n’a débouché sur aucun accord pour réinstaller des réfugiés ou déplacés Irakiens dans les pays industrialisés. Dans un contexte de maîtrise des flux migratoires et de lutte contre le terrorisme, les engagements des Etats -et notamment des Etats de la coalition - sont dérisoires pour venir en aide aux populations qu'ils prétendaient "libérer".

L’action de Vision du Monde


                                                                                                                                                                      Vision du Monde participe à plusieurs actions sur le terrain, dont certaines sont essentiellement centrées sur les enfants. Le recensement des réfugiés, la réalisation d’entretiens avec les enfants pour identifier leurs traumatismes et leurs besoins sont des tâches courantes des équipes de Vision du Monde en Jordanie.

Nous travaillons en grande partie avec les autres ONG internationales (Secours Islamique) et locales, ainsi qu'avec les organisations internationales (Croix Rouge) et agences de l’ONU, dans un souci de collecte d’information et d’assistance mutuelle.

Nos actions de lobbying auprès des gouvernements qui accueillent actuellement des réfugiés, visent notamment à faire scolariser plus d’enfants et à mieux accueillir les réfugiés irakiens.

Enfin, Vision du Monde agit pour sortir cette crise de l’oubli. Très peu abordée dans les médias, cette catastrophe humanitaire mobilise peu les opinions publiques et donc peu les acteurs politiques.
Pétition Santé