La Françafrique

L’Afrique, continent riche en matières premières, est pourtant durement touchée par la pauvreté, les pandémies, les guerres et les coups d’état à répétition. Comment expliquer que les richesses en uranium, pétrole, diamants et autres minerais ne bénéficient pas à la population africaine ? Les anciennes colonies françaises peinent à se développer et la France demeure toujours présente en Afrique…
Corruption, enrichissement personnel, intérêts stratégiques, pillage des matières premières, soutiens aux dictateurs, sont souvent associés à la Françafrique.
L’expression « France-Afrique » a été inventée par Félix Houphouët-Boigny, ancien président de la Côte d’Ivoire, pour désigner les
relations entre la France et l’Afrique après la décolonisation. Pour François-Xavier Verschave, la «
Françafrique » désigne « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et en lobbies, et polarisée par l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement.» (La Françafrique : Le plus long scandale de la République, 1999).
Pour saisir la complexité de ces relations obscures entre la France et l’Afrique, il faut revenir à la décolonisation. Revenu au pouvoir en 1958, le Général de Gaulle admet – par réalisme – le principe de l’indépendance des colonies d’Afrique. Le Général n’y était pas favorable : il considérait que la France allait perdre un avantage dans l’accès aux matières premières et que le risque de propagation du communisme en Afrique était trop grand en temps de guerre froide. Finalement, Charles de Gaulle accepte les indépendances et charge Jacques Foccart, conseiller à l’Elysée, de
maintenir la tutelle de la France sur les ex-colonies. C’est à cette époque qu’apparait la cellule « Afrique » de l’Elysée.
La première stratégie de Foccart sera de mettre en place ou de soutenir des dirigeants africains favorables à la France. Celle-ci se matérialise par des assassinats politiques, l’élimination des mouvements indépendantistes, des élections truquées et la répression des opposants (Sylvanus Olympio, président indépendantiste du Togo est assassiné en 1963. Son assassin, Gnassingbé Eyadema, prend le pouvoir et devient l’ami personnel de Jacques Chirac, lequel soutiendra par la suite la prise de pouvoir du fils, Faure Gnassingbé Eyadema).
La tutelle politique est complétée par des accords secrets, qui instituent le principe d’une intervention française en cas de menace extérieure et l’installation de
bases militaires au Tchad, à Djibouti, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon. Des mercenaires – soutenus discrètement par Paris – seront impliqués dans des coups d’Etat et rebellions, comme Bob Denard aux Comores et au Bénin.
Pour préserver ses intérêts en Afrique, la France utilise ses services secrets. Ceux-ci infiltrent les
grandes entreprises, comme Elf, qui a servi de couverture à des activités illégales : marges considérables sur l’exploitation du pétrole, surfacturations des investissements…L’argent servira à assurer la main mise de l’entreprise sur l’Etat, la corruption locale, le soutien à des élections truquées, la corruption d’hommes politiques français, l’implication dans des coups d’Etat…
Jacques Foccart est remercié par Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Privés de leur tête, les réseaux de la Françafrique s’émiettent, chacun développant sa propre stratégie et cherchant à préserver ses intérêts, qu’ils soient économiques, politiques, ou militaires.
La tutelle de la France sur le continent africain est toutefois maintenue par des moyens occultes, illégaux et qui auront des conséquences dramatiques sur les populations africaines. Au Congo-Brazzaville, Elf a financé les armes qui ont servi à massacrer des dizaines de milliers de personnes par les milices de Denis Sassou-Nguesso, lors des guerres civiles de 1997 et 1998-1999. En soutenant des rebellions et des coups d’Etat, la France s’est rendue complice de violations des droits de l’homme.
L’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République laissait présager un renouveau des relations entre la France et l’Afrique, après 12 ans de présidence Chirac, connu pour ses liens personnels avec Omar Bongo (Gabon) et Denis Sassou-Nguesso (Congo-Brazzaville) pour ne citer qu’eux. En 2006, candidat à la Présidence, Nicolas Sarkozy avait affirmé lors d’une visite au Bénin : " Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et de ses obsolescences.". Cette promesse de campagne est finalement restée lettre morte. Ce revirement de position peut être illustré par
l’éviction de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la coopération, qui avait critiqué la lenteur de la mise à mort de la Françafrique.
La mort de la Françafrique n’a pas eu lieu. Assainir les relations entre la France et l’Afrique est finalement aussi complexe que les liens qui unissent la France à ses anciennes colonies d’Afrique sont occultes, teintés d’intérêts puissants, et illégaux. Toutefois, la récente décision du président sénégalais Abdoulaye Wade, début avril 2010, de reprendre les bases françaises présentes à Dakar, laisse présager la volonté africaine de conclure une « indépendance inachevée » explique-t-il.
Pour en savoir plus :
- Les publications et le site de l'association Survie
- Découvrez le rapport dette odieuse
- HAREL, Xavier - Afrique, Pillage à huis clos - Fayard, 2006
Demandons à nos gouvernements de tenir leurs engagements : signez la pétition de Vision du Monde sur
www.sante-enfants.org 
!