Témoignages poignants d'une femme ayant subi des mutilations génitales et d'une jeune fille qui se bat pour éradiquer ces pratiques.
Témoignage de Fatiah Mohamed (38 ans)
Mère de 10 enfants (dont seulement 6 ont survécu):
“A l’âge de 8 ans la nouvelle femme de mon père m’a forcée à subir une mutilation génitale. J’ai souffert de fistules suite à la naissance de mon dixième enfant et j’ai été isolée de ma famille et de la communauté. Quand j’ai entendu que Vision du Monde s’occupait de femmes souffrant de fistules, j’ai cherché de l’aide auprès de l’association et j’ai pu me faire opérer. J’ai ensuite décidé de m’engager à plaider contre les mutilations génitales féminines. Mes filles n’ont pas subi de mutilations génitales et elles ne le subiront pas, mon expérience a été si terrible, je suis déterminée à faire changer les choses. A force de dénoncer ce problème, les gens changeront.”
Témoignage de Teresa, 17 ans

Au Kenya (dans la vallée du Rift), il est commun pour les jeunes adolescentes de subir des mutilations génitales féminines dans le cadre d’une cérémonie marquant leur initiation à la féminité et avant de se marier. Teresa Cheptoo, 17 ans, refuse d’être une de ces femmes.
Teresa, une jeune fille parrainée par Vision du Monde, est la benjamine d’une famille de huit enfants. Elle a d’abord entendu parler des dangers des mutilations génitales féminines chez elle quand elle était petite. Sa propre mère, qui en a subi une à l’âge de 14 ans, et s’est mariée à 15, l’a mise en garde contre les risques de ces pratiques. Cependant, la pression de la communauté pour pratiquer l’excision reste importante.
Teresa et sa famille ont trouvé de l’aide pour leur combat contre les mutilations génitales grâce à une nouvelle approche dans leur village : un rite de passage alternatif. Pour les femmes Massai comme Teresa, cela passe par la célébration en robes traditionnelles colorées avec des danses et des cérémonies qui marquent la transition sans toutefois pratiquer l’excision.
Teresa a établi un club de plaidoyer « anti mutilation génitale féminine/Anti mariage précoce » qui enseigne également les dangers du VIH/Sida et l’importance de l’éducation. Avec l’aide de ses professeurs et de ses camarades de classe, Teresa a fédéré 200 filles et garçons dans 13 écoles différentes, afin d’informer la communauté des conséquences négatives des mutilations génitales féminines.
« C’est très regrettable de voir des filles quitter l’école pour se faire exciser et se marier avec des hommes d’une soixantaine d’années » raconte Teresa. « J’imagine ma vie si j’avais été excisée… J’aurais pu être mariée à un vieil homme… »
Teresa et sa famille sont maintenant des leaders dans le processus de changement d’attitude de leur communauté vis-à-vis de cette tradition violente. Leur lutte pour supprimer ces pratiques est loin d’avoir été facile. Elle a fait l’objet de très nombreuses critiques et de railleries de la part des jeunes et des moins jeunes.
Les filles de son âge qui ont décidé de se faire exciser l’accusent de lâcheté et d’avoir peur d’affronter « le couteau ». Les garçons de son âge lui ont dit que sa décision signifiait pour elle qu’elle ne serait jamais mariée et qu’elle privait ainsi son père de recevoir une dot.
A propos de sa communauté elle dit « c’est en train de changer, parce que j’ai rencontré des garçons qui disent qu’ils ne se marieraient jamais avec une femme excisée, et aussi des filles affirmant qu’elles ne subiront pas de mutilations génitales. »
Son activisme a été reconnu récemment par les Nation Unies quand elle a été invitée à représenter le Kenya pendant la 51è session de la Commission sur le Statut des Femmes où elle a plaidé contre les MGF (Mutilations Génitales Féminines) et sur la protection des droits à l’éducation pour les femmes.
« Je voudrais être juge afin d’être sure de pouvoir empêcher les hommes de forcer une femme à subir des MGF, comme il est prévu dans la loi. »