Anna Ribout «l’autre visage de Port-au-Prince»
04 février 2010
Alors que les gros-titres parlent de violence et de pillages dans la capitale d’Haïti, que les témoins sur place racontent le chaos et le désespoir dans les rues, c’est une toute autre face de Port-au-Prince que je vois, et qui est souvent oubliée dans les descriptions que l’on fait de la capitale.
De jeunes garçons grimpent sur les décombres, pilotant leur cerf-volant composé de légers sacs plastiques. Une douzaine d’adolescents chantent lors d’une messe spontanée sur la ville dévastée. Des petits commerces -barbiers, bars….- se sont déjà établis dans de nombreux campements de fortunes, parmi les tentes et les abris improvisés. Dans les centres pour enfants de Vision du Monde Haïti, les enfants dansent, chantent et rient. Seulement trois semaines après le séisme, les populations commencent à reconstruire leur vie, souvent avec le sourire.
Bien que des bagarres aient éclatées pendant des distributions et que la sécurité reste un point important pour la population ainsi que pour les ONGs, on parle plus d’incidents que d’une insécurité répandue.Lorsque Vision du Monde Haïti, en partenariat avec d’autres ONGs et le Programme Alimentaire Mondial, a lancé une large distribution de riz, destinée à nourrir près de 2 millions de personnes en seulement deux semaines, beaucoup de gens redoutèrent le chaos. Aujourd’hui, notre équipe était dans le quartier de Cité Soleil, connu pour son instabilité. Nous avons volontairement commencé cette distribution quelques jours plus tard que les autres, afin d’avoir plus de temps pour parler avec ceux qui ont une influence sur la communauté, leaders ou groupes locaux. Et grâce à cette coopération, nous avons pu distribuer de la nourriture à 8500 personnes, dans le calme.
Très pauvre, Cité Soleil est un quartier à très forte densité de population, où les maisons sont faites de tôle ondulée et où les services manquent.
Mon très mauvais créole fait que je communique souvent par gestes avec les gens. Alors que nous quittions le site de distribution, une jeune fille m’a regardé et a souri. J’ai fait une mimique avec mon visage, elle a fait de même. Elle a essayé de me parler, alors j’ai haussé les épaules en signe d’incompréhension et elle a ri. C’est frappant comme un tel esprit de ténacité peut exister parmi la dévastation et la pauvreté. Les personnes les plus vulnérables étaient prioritaires cette semaine lors des distributions. Un homme aveugle et sa fille, une vieille femme avec le bras en écharpe, une femme enceinte de 8 mois ; tous sont partis avec des sacs de 25 kilos, aidés par les volontaires de Vision du Monde Haïti.
La femme âgée m’a dit que son seul moyen de manger était de se faire aider par ses voisins, ses amis ou bien des étrangers qui partageaient de la nourriture avec elle.
Cette générosité m’a été confirmée par une femme que j’ai rencontrée, dans un camp surpeuplé, et qui avait perdu sa maison et son emploi. « Lorsque nous recevons de l’aide ici, personne ne se bat » explique-t-elle. « Nous sommes amis, nous partageons et nous nous soutenons les uns les autres. » Une petite fille de neuf ans, qui a perdu ses deux parents durant le séisme, m’a dit qu’une de ses amies l’avait recueillie chez elle. Les familles qui n’ont plus rien survivent en partageant.
La générosité du public partout dans le monde en réaction à cette catastrophe a, elle aussi, été incroyable. Aujourd’hui, cet argent est utilisé pour fournir de la nourriture, de l’eau, un abri et des soins médicaux aux familles ; des biens de premières nécessités dont des millions de personnes affectées par le séisme ont encore besoin. Pour la reconstruction à long terme, l’aide continue de la communauté internationale sera aussi vitale. Vision du Monde Haïti continuera à travailler au-delà de la phase d’urgence pour aider notamment les gens à retrouver des sources de revenus durables.
Les artistes locaux alignent à nouveau dans la rue leurs peintures de couleurs vives, les potiers exposent leurs pots en mosaïque sur les débris. Les artistes et les commerçants ont besoin d’aide, afin que leur activité puisse être relancée et qu’ils puissent nourrir leurs familles. La preuve sur le terrain, ici à Haïti, qu’il y a assez de détermination pour que cela soit possible.
Je fais un don 
.