Présidences françaises du G8 et du G20 : le développement laissé pour compte ?

Au cours de ses vœux à la presse et aux corps diplomatiques représentés en France, le Président de la République a annoncé une série de dossiers qui seront traités lors du G8 et du G20. Vision du Monde s’interroge sur la place laissée au développement dans cet agenda, et interpelle les pouvoirs publics sur les limites d’une approche basée sur les « infrastructures » et qui fait la part belle aux « partenariats public-privé ».

Le 24 janvier 2011, le Président de la République Nicolas Sarkozy clôturait ses séances de vœux et a, à cette occasion, lancé les agendas officiels des présidences françaises du G8 et du G20. Il a ainsi égrainé les thèmes phares des ces sommets, parmi lesquels on retrouve pêle-mêle : réforme du système monétaire mondial, régulation des marchés agricoles et des matières premières, réforme de la gouvernance mondiale…Vision du Monde salue les bonnes intentions réitérées par Nicolas Sarkozy de faire face « aux défis mondiaux du développement et du climat » en versant 100 milliards de dollars par an aux pays en voie de développement, conformément aux engagements que la France a pris au cours du sommet de Copenhague en 2009, et qui ne devraient entrer en vigueur qu’en 2020. L’agenda comporte un volet très intéressant sur la création d’une taxe sur les transactions financières, volet qui génère de sérieux questionnements sur la capacité de la France à soutenir son initiative.

Cependant, nous devons rester vigilants sur les suites données aux engagements des précédents G8-G20, et que le Président de la République n’a malheureusement pas cru bon d’évoquer, parmi lesquels :

La lutte contre la mortalité infantile et maternelle

Nicolas Sarkozy n’a pas confirmé les différents engagements pris en matière de développement tels que l’initiative de Muskoka du G8, en juin dernier. Pourtant, les Etats se sont engagés à verser 7,3 milliards de dollars supplémentaires pour la réduction de la mortalité materno-infantile et par conséquent à poursuivre les efforts pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement de santé (OMD, 4 et 5 en particulier) en 2015.

Vision du Monde demande donc que des mécanismes d’évaluation soient mis en place pour mesurer les résultats obtenus avec un échéancier clair pour la réalisation des OMD.


Sécurité alimentaire

Le Président a rappelé à juste titre que la volatilité excessive des matières premières sur les marchés financiers était à l’origine des « émeutes de la faim » en accentuant le rôle prépondérant que devait jouer la Politique agricole commune (PAC) dans le contexte actuel. Le Président a asséné : « Il va falloir augmenter la production agricole de 70% d’ici à 2050 pour nourrir les 9 milliards d’hommes et de femmes que la planète comptera ».
Or les subventions de la PAC accordées à l’exportation aux agriculteurs européens sont à l’origine de la disparition des agricultures vivrières dans les pays en développement et de la pauvreté de plus en plus accrue dans le monde.

C’est pourquoi, Vision du Monde exhorte la France, lors des négociations du G20, à promouvoir une stratégie claire pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des gens les plus pauvres dans le monde.

« La priorité doit être accordée aux financements alloués aux stratégies de sécurité alimentaire au niveau national qui soutiennent les petits agriculteurs (dont la majorité sont des femmes) afin d’accroître la production agricole de manière durable, d’augmenter leurs revenus tout en tenant compte des effets néfastes du changement climatique. » a indiqué Erik Lavarde, responsable du plaidoyer chez Vision du Monde.


Si le calendrier des agendas du G8 et du G20 est donc ambitieux et dense, Vision du Monde se garde bien de croire aux effets d’annonces d’une présidence coutumière du fait, et continuera de se mobiliser pour faire en sorte que les promesses des plus grandes économies du monde profitent aux pays en voie de développement, et qu’elles soient respectées.

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